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Christiane Passevant
FESTIVAL CINÉLATINO. 30es Rencontres de Toulouse. Du 16 au 25 mars 2018
Article mis en ligne le 12 mars 2018

par C.P.
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Plus de 150 films longs et courts métrages, fictions et documentaires, sont programmés, dont 36 en compétition. En plus des découvertes, et des redécouvertes, des avant-premières, il y a les rencontres, les tables rondes sur le cinéma en Amérique latine, et cette année, un focus sur les cinéastes et les comédiennes chiliennes. La participation des femmes dans le cinéma chilien semble en effet avoir progressé depuis la fin de la dictature militaire de Pinochet. Elles ont acquis une reconnaissance et une visibilité, en accédant à des postes auparavant réservés aux hommes, et leurs films sont récompensés dans tous les festivals. On rêve d’ouverture tout en posant la question des enjeux liés à la représentation des identités de genre et sur la domination, notamment patriarcale, d’autant que le festival de films de femmes de Créteil a démarré le 9 mars et se poursuit jusqu’au 18 mars.

Le festival Cinélatino prend, en quelque sorte, le relais pour nourrir des réflexions sociales, politiques et culturelles, par le biais également du champ cinématographique. Et, cette année, qui marque les 30es Rencontres de Toulouse, le festival cinélatino commence très fort en ouvrant avec des films importants, dont Ultimos dias en la Habana (Derniers jours à la Havane) de Fernando Pérez et Gloria de Sebastian Lelio, réalisateur de Una Mujer fantastica, qui vient de recevoir l’Oscar du meilleur film étranger. Donc, pour ne citer que ces exemples, des films qui bousculent quelque peu les tabous et sont ancrés dans la réalité sociale de différents pays du continent Sud des Amériques.

D’ailleurs, au vu de la production cinématographique latino-américaine de ces dernières années, notamment en provenance du Chili, on constate qu’elle aborde frontalement des sujets liés au genre, à la sexualité, aux minorités sexuelles, à la violence inhérente dans la société. Pour preuve, quelques exemples, Rara de Pepa San Martin, critique acerbe d’une société traditionnelle qui refuse à un couple de femmes la garde des enfants de l’une d’elles. Sebastian Lelio pousse encore plus avant le portrait d’une société sexiste et réactionnaire dans Une femme fantastique, Una Mujer fantastica, et déclare : « La rupture sociale reste là, comme un héritage du régime de Pinochet. C’est un pays qui fait preuve d’un capitalisme sauvage », une combinaison qui explique les relents moraux et la violence vis-à-vis d’une femme transgenre, qui ne peut procréer et donner naissance à un employé, à un consommateur. Dans Plus jamais seul, Alex Anwandter s’inspire d’un crime homophobe contre un jeune homme, crime qui a donné lieu au vote d’une loi anti-discriminatoire : la loi Zamudio. Un autre film chilien prochainement à l’écran, Jesus, petit criminel de Fernando Guzzoni, lui fait écho, des jeunes ivres et paumés tabassent à mort un jeune homosexuel… Mala Junta de Claudia Huaiquimilla ajoute au problème de la délinquance, la lutte politique pour leurs droits de la communauté mapuche, contre les discriminations à leur encontre et les violences de l’État.

Le festival Cinélatino, du 16 au 25 mars, offre cette année, comme à son habitude, toute une palette de films d’auteur.es sur les luttes, l’histoire de l’Amérique latine, son actualité sociale et politique, culturelle et artistique. 30es Rencontres de Toulouse, du 16 au 25 mars : un festival passionnant.

Longs métrages en compétition :

Cabros de mierda de Gonzalo JUSTINIANO (Chili / 2017)


1983. Gladys vit dans le quartier pauvre de la Victoria, à Santiago, avec sa mère et sa famille et participe à la lutte contre la dictature de Pinochet. La brutalité au quotidien dans ce quartier connu pour ses militant.es.

Robar a Rodin (Voler un Rodin) documentaire de Cristóbal VALENZUELA BERRÍOS (Chili/ 2017)


Lors d’une rétrospective de l’œuvre d’Auguste Rodin à Santiago du Chili, qui présente de très belles pièces provenant du musée parisien, le Torse d’Adèle est dérobé. Étrangement, l’œuvre est rapportée par celui qui l’avait subtilisée. Qui est l’auteur de cet acte et pourquoi ? Devait-il être condamné bien qu’il ait rendu l’œuvre ? Est-ce une performance artistique digne de l’œuvre de Rodin pour attirer l’attention ? Humour et sens de l’absurde dans un film original.

Princesita de Marialy RIVAS (Chili / 2017)


Tamara a 11 ans et vit dans une secte religieuse dirigé par un homme qui se présente comme protecteur et « chef spirituel » pour manipuler et abuser des femmes de la secte. Dans cet univers dominé par la culture machiste, Tamara a ses premières règles et est élue pour porter l’enfant du chef spirituel, un rejeton qui serait l’homme nouveau.

Tierra sola documentaire de Tiziana PANIZZA (Chili / 2017)


L’Ile de Pâques est située dans l’océan Pacifique, à 3600 kilomètres du Chili, dont elle fait partie, et est habitée par une population d’origine polynésienne depuis des siècles. Visitée par des explorateurs, exploitée par des colonisateurs européens à partir du XVIIIe siècle, elle attire aujourd’hui les touristes pour les grandes statues sur ses côtes. Tierra sola retrace l’histoire, faite de violence et d’enfermement, de la population.

Candelaria de Jhonny HENDRIX HINESTROZA (Cuba / 2017)


Cuba, au début des années 1990. Après la chute du mur, l’île subit un embargo terrible. Un vieux couple, Candelaria et Victor Hugo survit tant bien que mal dans cette « période spéciale » où l’obsession est de trouver de la nourriture par tous les moyens possibles. Candelaria travaille dans un hôtel pour touristes et chante dans un cabaret. Victor Hugo lit les nouvelles aux ouvriers dans une fabrique de cigares et en détourne à l’occasion pour les vendre. Entre coupures de courant, discours fleuves de Fidel Castro diffusés par la radio, quand elle marche, et gâteau à la carotte, le couple élève des poussins… Et tandis que l’île s’ouvre au tourisme, la population souffre de sous alimentation. C’est alors que Candelaria trouve un camescope dans le linge sale et cela va changer l’intimité amoureuse du vieux couple. (sortie 28 mars)

Sergio y Serguéi d’Ernesto DARANAS SERRANO (Cuba / 2017)


1991. La dissolution de l’Union soviétique a des répercussions terribles sur l’île de Cuba, notamment la « période spéciale » où la population est privée de tout. Une autre conséquence est celle qui touche le cosmonaute Setgei Krikalev, obligé de rester quatre mois en orbite pendant la transformation de son pays. Un radio amateur, Sergio, entre par hasard en contact avec la station où erre Sergei. Les deux hommes vont développer une amitié et tenter de s’aider mutuellement pour faire face aux changements drastiques de leurs deux pays.

Sinfonía para Ana d’Ernesto ARDITO et Virna MOLINA (Argentine / 2017)


Le film, inspiré par des événements réels, se situe dans l’époque tourmentée des années 1970. C’est une évocation de l’engagement des jeunes dans un collège de Buenos Aires et se base sur le roman de Gaby Meik, Symphony for Ana.

Temporada de caza (Saison de chasse) de Natalia GARAGIOLA (Argentine / 2017)


Un guide de chasse rencontre son fils biologique en Patagonie, au cœur de l’hiver. Retrouvailles et confrontation.

Zama de Lucrecia MARTEL (Argentine / 2017)


Construit sur une succession de scènes qui met en scène Don Diego de Zama, servant le roi d’Espagne sans beaucoup de compétence. Il passe ses journées à tenter de séduire les femmes autour de lui, sans grand succès. Dans l’attente de son transfert, Zama se porte volontaire pour partir à la chasse du brigand Vicuña Porto. Le film est un prétexte pour décrire les colonies espagnoles d’Amérique latine au XVIIIe siècle. Lucrecia Martel réalise avec ce film l’adaptation d’un chef-d’œuvre éponyme de la littérature latino-américaine.

El Silencio es un cuerpo que cae (Le silence est un corps qui tombe) documentaire d’Agustina COMEDI (Argentine / 2017)


Le père de la réalisatrice a, toute sa vie, filmé les fêtes familiales et autres entre ami.es jusqu’à ce qu’un accident l’emporte, alors que sa fille n’avait que 12 ans. Elle va découvrir qui était son père à travers tous ces rushes en 8mm et en VHS et son itinéraire de militant politique et de dissident.

Primas documentaire de Laura BARI (Argentine / 2017)


Rocío et Aldana sont cousines, toutes deux ont subi un viol et sont filmées par leur tante, qui leur propose différentes stratégies de mise en scène pour leur permettre d’exprimer leur douleur. En suivant longuement les personnages, la réalisatrice sensibilise l’émergence de la parole et de ce qu’on peut en faire. Comment se reconstruire ?

Matar a Jesús de Laura MORA (Colombie / 2017)


Matar a Jesús est un thriller inspiré de l’expérience vécue par la réalisatrice lorsqu’elle était adolescente. Son père, engagé politiquement, a été tué par deux hommes à moto en rentrant chez lui avec sa fille. L’enquête de la police locale ne donne rien, mais l’a jeune fille a identifié l’un des deux assassins. Lorsque, par hasard, elle rencontre cet homme, elle décide de le suivre et de le connaître. Elle passe alors de son milieu bourgeois à un quartier pauvre des hauteurs de la capitale colombienne.

Cocaïne prison documentaire de Violeta AYALA (Bolivie / 2017)


L’économie de la Bolivie repose en grande partie sur le commerce international de la cocaïne, et plus d’un tiers de la population travaille dans ce secteur. En 1988, sous la pression des Etats-Unis, la Bolivie a redéfini des règles pour punir le trafic de drogue : « la production, la possession, la garde, le stockage, le transport, la livraison, le don comme cadeau ou l’administration sont des délits passibles de peines d’emprisonnement ». Ce qui a eu pour conséquence la criminalisation de la moitié de la population bolivienne, notamment les petits trafiquants, les « mules de la drogue ».

Cocaine prison est un documentaire filmé en partie par les prisonniers eux-mêmes. Les histoires de Daisy, Hernán et Mario illustrent l’hypocrisie de la guerre contre la drogue qui ne punit pas les vrais responsables, comme d’habitude.

El Silencio del viento d’Álvaro APONTE-CENTENO (Porto Rico / 2017)


Des migrants clandestins venant de République Dominicaine arrivent à Porto Rico par la mer et sont hébergés contre argent par Rafito et sa soeur Kairana. Le trafic est risqué et Kairana est assassinée. Rafito, après la mort de sa sœur doit alors se “débarrasser” seul d’un groupe d’hommes de migrants récemment arrivés, en même temps que s’occuper de sa fille et de sa mère.

A morir a los desiertos (Aller mourir dans les déserts) documentaire de Marta FERRER CARNÉ (Mexique / 2017)


Le chant cardenche est apparu au XIXe siècle dans les grandes propriétés productrices de coton de l’État de Durango au nord du Mexique. La tradition du chant passe aux jeunes dont les conditions de vie ne sont guère meilleures que celles de leurs aînés. Dans ce film, Marta Ferrer propose un voyage sonore dans une lumière naturelle magnifique tant pour les paysages que pour les habitants. Des paysages éternels, le vent, la poésie du chant cardenche, rythmés par le passage d’un train.

Azougue Nazaré de Tiago MELO (Brésil / 2017)


Dans l’État de Pernambuco, au Brésil, deux camps s’affrontent : les défenseurs de la tradition Maracatu, dont les jeunes se distinguent par les joutes verbales pendant le carnaval, et les fidèles de la puissante Église évangélique. C’est alors que des événements étranges ont lieu aux abords de la ville.

Mormaço de Marina MELIANDE (Brésil / 2017)


Lors de la préparation des Jeux Olympiques de Rio, en 2016, des habitant.es sont ménacé.es d’expulsion. Ana est avocate et les défend, étant elle même sous le coup d’une possibilité d’expulsion. Elle est parmi les derniers locataires de son immeuble et découvre soudain de curieuses taches sur son corps dans une ville en mutation dans la chaleur implacable de l’été. Un film entre réalité sociale et magie.

O Chalé é uma ilha batida de vento e chuva (La Maison est une île battue par le vent et la pluie) documentaire de Letícia Simões (Brésil / 2018)


Très beau film autour de l’oeuvre d’un romancier, Dalcídio Jurandir. Des images magnifiques, la nature, le fleuve et des gens simples. Un film ponctué par la lecture des lettres de l’écrivain à sa femme et à son fils durant son voyage jusqu’à Marajó, l’île où il est né.

Severina de Felipe HIRSH (Brésil - Uruguay / 2017)


Un libraire et une voleuse de livres. Le libraire rêve d’être écrivain et la choisit comme muse, mais lorsqu’il découvre qu’elle vole également dans d’autres librairies, il entre dans une sorte de délire où se mêlent fiction et réalité. Comment savoir ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ?

Quelques films hors compétition

Mala Junta de Claudia Huaiquimilla (14 mars 2018)


Les premières images montre un casse minable qui tourne mal, où sont mêlés deux gamins. Tano, 16 ans, est arrêté, et pour éviter le centre de rééducation, il est envoyé dans le sud du Chili, chez son père qu’il ne connaît quasiment pas. Tano est sous surveillance et s’ennuie, il en veut aussi à son père d’avoir été absent durant son enfance et joue les rebelles. Il rencontre Cheo, un garçon timide sans cesse harcelé en raison de ses origines mapuches et, peu à peu, une amitié naît entre les deux garçons. Après une manifestation pacifiste des Mapuches, des accusations fabriquées sont lancées contre eux et de brutales descentes de police ont lieu, vandalisant des maisons et tuant un des militants du mouvement. Tano découvre cette violence et sa prise conscience lui fera prendre la défense de son ami.

La réalisatrice, elle-même d’origine mapuche, situe Mala Junta dans un contexte politique particulier, celui de la violence exercée contre les Mapuches, et raconte l’itinéraire de deux ados marginalisés par les discriminations sociales.

Violeta d’Andres Wood (2012)


Biopic poétique de Violeta Para chanteuse, poète, peintre, femme engagée et essentielle dans la culture chilienne.
Son itinéraire, depuis son enfance aux côtés d’un père alcoolique, ses débuts sur scène, ses rapports amoureux, ses engagements politiques, jusqu’à sa fin tragique. Le film est rythmé par des chansons magnifiques. Un portrait superbe d’une artiste passionnée littéralement porté par la comédienne et chanteuse Francisca Gavilan.

Vida de Familia d’Alicia Scherson et Cristian Jimenez (19 mars 2018)

Un couple et leur fille partent en voyage en France en confiant leur chat et leur maison à Martin, un cousin éloigné. En lui disant de se sentir comme chez lui, Bruno et Consuelo sont loin d’imaginer qu’il va littéralement fantasmer une vie de famille imaginaire dans leur maison.

La Familia de Gustavo Rondon Cordova (21 mars 2018)


Pedro, 12 ans, joue avec ses amis dans les rues d’une banlieue ouvrière de Caracas où la violence et règlements de compte se vivent au quotidien. Lorsqu’il blesse gravement un garçon du quartier, son père comprend immédiatement le risque et prend la fuite avec son fils pour lui éviter de se faire tuer. Pedro est totalement inconscient et incontrôlable, mais la situation rapproche ce fils adolescent et son père.

Gloria de Sebastian Lelio (2013)


Gloria, une célibataire de presque 60 ans, est bien décidée à profiter de la vie. Elle chante à tue tête dans sa voiture « je veux être libre » et passe ses soirées dans les boîtes de Santiago à danser et à draguer. Lorsqu’elle y rencontre Adolfo, elle tombe amoureuse et sa vie se complique. Magnifiquement interprétée par Paulina Garcia, Gloria passe de la passion à la déception lorsqu’elle découvre la lâcheté et les mensonges de son amant. C’est aussi le moment où sa fille quitte le Chili pour fonder une famille, et l’on pourrait finalement s’attendre de sa part qu’elle fasse un bilan plutôt amer. Mais bien au contraire, c’est son énergie qui prend le dessus. Elle réagit avec un humour féroce, et le film s’achève sur la chanson éponyme d’Umberto Tozzi, Gloria, sur laquelle elle danse seule.

Dans Gloria, Sebastian Lelio aborde avec délicatesse et authenticité la sexualité des seniors, un sujet rarement traité au cinéma, sinon par ellipses. On retrouve cette délicatesse et même de la grâce dans Candelaria de Jhonny Hendrix Hinestroza, film en compétition de ces 30èmes Rencontres de Toulouse.

Paulina Garcia, invitée d’honneur du festival, est lumineuse dans Gloria. Comédienne et directrice de théâtre, elle tient également le rôle principal dans la Fiancée du désert de Valeria Privato et Cecilia Atán. Elle y interprète une femme effacée, au service d’une famille à Buenos Aires. Celle-ci ne pouvant la garder, elle part à travers le désert argentin vers sa nouvelle place.

Mariana de Marcela Said


Marcela Said revient ébranler la famille, le patriarcat et la bourgeoisie chiliennes à travers son personnage féminin, Mariana. Ambiguë, antipathique, elle fait la force du film. La réalisatrice la décrit comme “une femme encerclée par quatre hommes féroces : le mari, le père, le colonel et le policier. Une femme qui navigue en eaux troubles, comme elle le peut, affrontant le chaos pour trouver sa voie et ne faisant pas toujours les meilleurs choix.”

Rara de Pepa San Martin (21 juin 2017)


Depuis son divorce, Paula vit avec sa compagne, Lia, et ses deux filles Sara, adolescente, et Catalina. Le récit de la vie familiale est fait par Sara qui se rend compte que, du côté maternel, elle est peut-être atypique mais n’en parle guère. D’ailleurs que dire sinon que dans la maison, on s’aime bien et qu’il y a beaucoup d’amour et de complicité.

Or, à la suite d’un désaccord futile avec sa mère, l’adolescente part chez son père. Celui-ci, remarié et conventionnel, prend prétexte de la réaction de Sara pour entreprendre un procès et tenter d’obtenir la garde de ses deux filles, considérant que l’environnement familial peut nuire à l’équilibre des enfants et à leur éducation. Pepa San Martin filme la vie quotidienne de Paula et Lia et leur rapport aux fillettes pour souligner les préjugés de la société chilienne à l’encontre d’un couple de deux jeunes femmes. Le machisme en prend un coup.

Una Mujer fantastica de Sebastian Lelio (12 juillet 2017)


Sebastian Lelio « pousse le film vers un territoire cinématographique plus épineux, plus provoquant et plus précieux » dans une Femme fantastique : la femme transgenre. L’histoire est simple, Orlando et Marina vivent ensemble et projette un voyage. Dans la nuit, Orlando meurt brusquement et la relation avec Marina soulève immédiatement des réactions de suspicion et d’hostilité de la part de la famille, en particulier du fils et de l’ex-épouse, méprisante et envieuse. Se déclenche alors la volonté d’éradiquer toute trace d’un amour que la famille juge hors normes, jusqu’à interdire à Marina la cérémonie funéraire, la chasser de l’appartement et lui reprendre son chien.

Il y a une enquête de police pour juger du processus de transformation de Marina, le harcèlement d’une enquêtrice, l’agression du fils avec deux complices qui l’enlèvent en voiture, le malmènent et l’insultent avant de le jeter dans une ruelle… Une violence que le réalisateur analyse « en termes de capitalisme, Marina est un être improductif. Elle n’est pas capable de procréer et donc de donner naissance à un autre employé, à un autre consommateur. » Une belle réflexion sur les normes et l’acceptation de l’autre.

Serge Pey et la boîte aux lettres du cimetière de Francis Fourcou

Avec Serge Pey, la poésie est debout, la poésie est le pain des pauvres… Avec lui, la poésie tape du pied et marche… et nous suivons sa marche de la poésie, de Toulouse jusqu’à la tombe du poète Antonio Machado, à Collioure, nous parcourons les chemins de sa mémoire, jusqu’à cette tombe munie d’une boîte aux lettres qui recueille les messages d’espoir, ceux que seuls les poètes peuvent ouvrir, les humanités d’espoir y répondre …
Avec Serge Pey, prix Apollinaire 2017, Prix national de Poésie de la Société des Gens de Lettres 2017. Ce film a reçu le label Printemps des poètes

La génèse du film :
« Caminante no hay camino ! se hace camino al andar ! »
Le poète Antonio Machado, lorsqu’il écrivit ce poème, pouvait-il se douter que son chemin à lui serait celui, tragique, de l’exil ? Fuyant les franquistes, il arrive à Collioure en 1939, malade, épuisé, et c’est dans cette ville catalane qu’il va mourir le 22 février 1939.

Son œuvre et son message, eux, sont restés bien vivants. Et après sa mort, des centaines de lettres sont arrivées au joli cimetière de Collioure. Au point que l’on a installé, sur sa tombe, une boîte aux lettres...

C’est cette histoire, à la fois onirique et mystérieuse, qui a inspiré un autre poète, qui lui aussi, avait l’exil chevillé au cœur, Serge Pey. En 2014, celui-ci décide d’entreprendre une marche, entre les « Allées Antonio Machado », adresse de l’Université de Toulouse Jean Jaurès, et cette tombe où les lettres viennent comme entretenir un souffle de vie.

Une marche ponctuée par des rencontres fortes, avec des artistes complices, musiciens, chanteurs ou performeurs, militants, rencontres aussi avec des lieux chargés d’histoires de symboles, dans les ruines des châteaux cathares.
Cette marche, le cinéaste Francis Fourcou l’a suivie avec une complice affection et une caméra discrète, racontant au jour le jour cette marche initiatique d’occident vers l’orient, une aventure où les mots et les vers comptent aussi leurs pieds. La boîte aux lettres du cimetière est une sorte de road-movie céleste sur les chemins de la mémoire et de l’émotion, une ballade surréaliste et touchante.

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