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Christiane Passevant
Wajib. L’invitation au mariage d’Annemarie Jacir. Corps étranger de Raja Amari. Finding Phong de Tran Phuong Thao et de Swann Dubus
Article mis en ligne le 19 février 2018

par C.P.
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Wajib. L’invitation au mariage Film de Annemarie Jacir (14 février 2018)

Corps étranger Film de Raja Amari (14 février 2018)

Finding Phong Film documentaire de Tran Phuong Thao et de Swann Dubus (14 février 2018)

Wajib. L’invitation au mariage Film de Annemarie Jacir (14 février 2018)


Avec un humour incisif, Annemarie Jacir filme la journée de Shadi et de son père distribuant en main propre, comme le veut la coutume du Wajib, les faire-part d’invitation au mariage de la fille de ce dernier. Le film se déroule à Nazareth durant une journée riche en rebondissements, malentendus, reproches, vieilles querelles et non dits. [1]


Au fur et à mesure des visites, les tensions apparaissent entre le père et le fils, qui est architecte à Rome depuis des années, alors que le père est professeur à Nazareth. Shadi a du s’exiler pour des raisons politiques et le père, s’il est conscient de sa situation de Palestinien ayant des papiers israéliens, essaie de s’arranger d’un contexte parfois difficile. « Nazareth [explique Annemarie Jacir] est la plus grande ville de la Palestine “historique”, aujourd’hui État d’Israël. C’est la petite minorité palestinienne qui a préféré rester plutôt que mener une vie de réfugiés même s’ils ont été forcés de prendre des papiers d’identité israéliens. Avec une population de 74 000 habitants sur une superficie réduite, les conditions de vie sont tendues, avec une forte concurrence pour le logement et une grande promiscuité entre les gens. » C’est à ce titre que Nazareth est également un des personnages du film, jouant un rôle essentiel dans les rapports humains de voisinage et au delà.

L’interprétation des deux comédiens, Mohammad et Saleh Bakri, respectivement dans les rôles du père et de Shadi, son fils, sert à merveille le propos du film. Excellents comédiens de théâtre et de cinéma, ils sont également père et fils dans la vie, de même les nombreux comédien.nes que tous deux visitent durant la journée. Les dialogues sont ciselés, drôles, parfois cinglants et cernent avec finesse les problèmes existant entre la population palestinienne israélienne et les exilé.es. En effet, le père exprime une certaine méfiance vis-à-vis de ceux et celles qui vivent à l’étranger. S’ajoute à cela un problème familial, le père vit séparé de la mère des enfants et le mariage de sa fille signifie aussi qu’il va devoir vivre seul. De plus, les commentaires vont bon train sur l’arrivée problématique de cette mère ayant quitté depuis longtemps le domaine conjugal, mais aussi sur ce fils qui vit à l’étranger et ne compte pas épouser une des jeunes femmes que son père aimerait bien avoir comme belle fille.

On retrouve dans Wajib toute la verve de Maha Haj, réalisatrice de Personal Affairs, et d’Elia Suleiman, dans son film Intervention divine : drôle, ironique, tendre et critique tout à la fois. [2]

Corps étranger Film de Raja Amari (14 février 2018)


Le film aborde plusieurs sujets et non des moindres, l’expression du désir, en particulier du désir des femmes, la volonté de s’émanciper, la condition des migrants et migrantes, de l’insertion, l’islamisme radical en Tunisie et ses conséquences.

Le personnage de Samia (interprété par Sarra Hannachi) est concerné par tous ces sujets, puisqu’ayant quitté clandestinement la Tunisie, elle se retrouve seule à affronter le quotidien des sans papiers, trouver un travail, avoir un contrat, obtenir des papiers et éviter les amis de son frère devenu islamiste. Pour elle, parvenir à une certaine indépendance n’est pas facile, même si la jeune fille est déterminée et aidée par une femme (jouée par Hiam Abbass), attirée par la beauté et la force de Samia.

Corps étranger de Raja Amari est un film ambitieux et ancré dans une réalité contemporaine, à la fois tunisienne et universelle. Exprimer librement le désir féminin est une des facettes les plus intéressantes du film. « Tous les films, ou presque,[remarque la réalisatrice] ont une portée politique. Consciente ou pas. Visible ou pas. Le mien en contient une, puisqu’à travers le personnage du frère de Samia, qu’on ne voit pas, mais auquel elle pense tout le temps, Corps étranger évoque le problème de la radicalisation dans mon pays d’origine et dans le monde. » [3]

Finding Phong Film documentaire de Tran Phuong Thao et de Swann Dubus (14 février 2018)


Finding Phong suit l’itinéraire de Phong, né garçon dans une petite ville vietnamienne, se sentant depuis son plus jeune âge une fille prisonnière d’un corps masculin.

À vingt ans, Phong entre à l’université de Hanoi et découvre que sa transsexualité n’est pas unique. Il vit alors en accord avec sa véritable personnalité, se métamorphose et va confronter le regard de sa famille et de ses ami.es face à cette transformation et à sa décision de subir une opération qui la rendra fille comme les autres.

Finding Phong est un film touchant pour la sincérité de Phong et sa détermination à aller jusqu’au bout. Il montre toutes les étapes de la transformation de Phong et c’est un véritable document, une enquête personnelle sur la transsexualité. [4]

Notes :

[1« L’humour était présent dès le début, et pour autant je n’ai jamais considéré le film comme une comédie. Dans la phase de pré-production, on se retrouve à remplir des tas de formulaire où il faut préciser le genre cinématographique auquel appartient le film. J’écrivais toujours "drame", sans que cette réponse me satisfasse tout à fait, parce que ça ne rendait pas justice à l’humour que je voulais y mettre. Maintenant que le film a été vu, certains spectateurs me disent que le film est une comédie, ce qui fait qu’aujourd’hui je ne sais plus vraiment ce qu’est le film ! Ce que je peux dire c’est que l’humour qui est dans le film est typiquement palestinien. Les gens y vivent dans un état de stress et de schizophrénie permanente, donc l’humour y est très particulier, pince-sans-rire.
Nous avons projeté le film lors d’un festival à Ramallah, en présence de toute l’équipe, et ce fut la meilleurs séance de ma vie. De façon complètement inattendue, c’était parfait. Le public était très palestinien, les gens riaient du début à la fin, ils étaient très réactifs, interactifs même, ils applaudissaient en plein milieu du film, il y avait des enfants qui couraient partout, c’était le chaos, mais dans le bon sens du terme. Les projections en France se sont bien passées, mais selon les pays où on le montre, les réactions sont parfois, disons, moins méditerranéennes. » Annemarie Jacir, entretien avec Grégory Coutaut.

[2Wajib. L’invitation au mariage d’Annemarie Jacir est sorti le 14 février 2018.

[3Corps étranger de Raja Amari est à voir en salles depuis le 14 février.

[4Le film est sur les écrans depuis le 14 février 2018.



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