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Chroniques musicales de Francis Gavelle
Longtemps, j’ai joué à contretemps
Article mis en ligne le 8 octobre 2017

par C.P.
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Commençons par faire les présentations… À ma gauche, Lucienne Boyer, née en 1901 et disparue en 1983, chanteuse en vogue dans l’entre-deux-guerres, surnommée “La Dame en bleue”, du fait de la couleur de sa robe de scène, et interprète marquante d’un grand classique de la chanson française : Parlez-moi d’amour, qu’elle crée en 1930 et pour lequel elle obtient le tout premier “Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros”.

À ma droite, le Grand Orchestre du Tricot, collectif musical à géométrie et personnel variables, mettant son talent délirant au service de projets fous, comme celui de choisir de réinventer, entre chanson et guinguette, free jazz et punk rock, les bluettes coquines et les drames réalistes de Lucienne Boyer, ici réinterprétés par une chanteuse en tout point exceptionnelle : Angela Flahaut, dont la voix sait tout autant minauder toute de rage vêtue, que se faire ingénue au bord de la crise de nerfs. Avec ce Tribute to Lucienne Boyer, rencontre musicale à la modernité excentrique et à la désuétude élégante, nous n’hésiterons plus, clin d’œil aux chansons reprises, à faire "youp youp" après avoir raté notre correspondance, ni à chanter inlassablement et à tue-tête : "Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime...”

Tribute to Lucienne Boyer – Grand Orchestre du Tricot (Tricollectif / distr. L’Autre Distribution)


Le 18 septembre dernier, sur la scène des Trois Baudets, Lisa Portelli présentait, en live, La Nébuleuse, son nouvel album, sorti quelques jours plus tôt. Elle s’y affirmait petite rockeuse souriante et sautillante, aimant faire tourner les rythmiques, se confronter les riffs de guitares et s’accorder quelques petites mises en place, avec “fin en l’air”, comme on dit dans l’argot des musiciens.

Et puis, à la fin d’un set électrique, coupant court à toute sonorisation, elle s’abandonna dans un “guitare-voix” vraiment acoustique et offrit, ainsi, à son public, dans l’intimité de cette petite salle, si chaleureuse, la délicatesse de quelques mots d’amour, avec le titre Je suis la terre. Et de fait, dans ce deuxième album, coécrit avec Andoni Iturrioz et sur lequel l’accompagnent, à la basse, Alexis Campet et, à la batterie, Norbert Labrousse – il importe de les nommer, tant ils constituent, sur les ambiances rock comme sur les ballades intimes, une section rythmique à l’assise sans faille et à la présence inspirée – Lisa Portelli nous livre, par effleurements successifs, avec sa voix délicatement posée, un univers poétique et musical, où l’existence se joue entre trouble du désir et quête de la paix intérieure.

La Nébuleuse – Lisa Portelli (AT(h)OME)


Au départ, Matias Aguayo, né au Chili et ayant grandi en Allemagne, était un DJ réputé pour ses sets à la techno minimale, à laquelle, peu à peu, il intégra sa voix. Aujourd’hui, avec ce projet, intitulé Sofarnopolis, il décide de s’approprier la formule du “groupe de rock”, ici The Desdemonas, et devient le leader d’une formation, avec laquelle il nous révèle une histoire d’ados dans un monde dystopique, où l’utopie aurait inéluctablement viré au cauchemar.

Mais, avec cet album à la lascivité un rien décadente, on peut dire aussi que Matias Aguayo nous entraîne dans un club, dont les murs seraient peints en noir et les lumières violemment blanches ; un club, où les beats nous criblent et les basses nous confondent, et où nos corps, souples et vénéneux, avides et perdus, avides éperdus, “nervous und nicht normal”, dansant de minuit à six heures du matin, sèment un amour dont la récolte est bien maigre.

Sofarnopolis – Matias Aguayo & The Desdemonas (Crammed Discs)

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