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Christiane Passevant
Razzia. Film de Nabil Ayouch
Sortie : 14 mars 2018
Article mis en ligne le 30 mars 2018

par C.P.
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Avec Razzia, son nouveau film, Nabil Ayouch poursuit une œuvre cinématographique sociale, engagée et courageuse. Dans les Chevaux de dieu, il traitait des racines du terrorisme et des conséquences de la pauvreté en milieu urbain marocain ; dans Much Loved, il s’agissait de la prostitution ; cette fois son film, co-écrit avec sa compagne, Maryam Touzani, aborde la liberté d’expression dans son sens le plus large. Qu’il s’agisse des femmes et de leurs droits, de leur désir d’émancipation, de l’éducation, de la langue amazighe, du malaise social en général, de la ghettoïsation, des replis identitaires… La révolte est là face à la régression et aux pressions sociales. « Le film [explique Ayouch] parle de gens en quête de liberté, de droit d’exprimer leurs pensées et de parler des questions qui leur importent. En particulier, le droit des femmes à atteindre cet objectif ; car je pense que cela devient de plus en plus difficile pour les femmes d’être libres dans le Maroc moderne ».

Des montagnes de l’Atlas à la ville de Casablanca, Razzia se déroule sur trois décennies et suit l’itinéraire de plusieurs personnages en quête de liberté et en recherche de soi. Un instituteur, passeur de savoir, confronté à une institution imposant l’arabisation à marche forcée ; une jeune femme enceinte refusant de se soumettre au rôle de femme au foyer ; une jeune fille riche livrée à elle-même ; un menuisier fan de Freddy Mercury dans un quartier populaire ; un restaurateur juif et son vieux père…

Autant de caractères différents vivant dans un Maroc fondé sur la diversité des cultures, cherchant toutes et tous à échapper à des codes sociaux imposés et de plus en plus pesants. Mais tous et toutes ont un lien avec le professeur de la petite école d’un village berbère de l’Atlas en 1982, directement ou indirectement. « Le système éducatif a tourné le dos aux sciences humaines [remarque le réalisateur]. C’est ce qui est arrivé dans tout le Maghreb. Au Maroc, des disciplines telles que la sociologie et la philosophie ont été retirées des programmes. Nous en subissons les conséquences. […] Il y a eu un changement crucial dans les mentalités au début des années 1980 qui a changé les systèmes éducatifs dans le monde entier et a eu un impact majeur sur le monde d’aujourd’hui. »

Les personnages, issus de différentes couches sociales de la société marocaine, se croisent dans la ville de Casablanca, ville hybride qui rassemble une infinité d’aspects du Maroc, tant dans son imaginaire, ses traditions, son passé et sa modernité. De la même manière, la bande son du film exprime ces différentes facettes, de la musique traditionnelle, avec les voix de femmes de l’Atlas à la musique de la ville aujourd’hui, la réappropriation du groupe Queen (I Want to Break Free et We Are The Champions), en passant par la chanson (As Time Goes By) du film mythique de Michael Curtiz, Casablanca. Interprété par des comédien.nes remarquables, Maryam Touzani (superbe en femme qui se rebelle), Amine Ennaji (qui jouait également dans Much loved), Abdelilah Rachid, Arieh Worthalter et la jeune Dounia Binebine, Razzia est certainement un film qui porte une réflexion universelle.

Cinq histoires principales qui racontent une lutte, une résistance à l’intolérance, à l’appauvrissement de la culture et au nivellement par le bas. Cette observation de la société marocaine est en fait un miroir de la situation sociale au plan mondial, l’image du rouleau compresseur de la régression.

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