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Christiane Passevant
Histoires de la Plaine, film documentaire de Christine Seghezzi
Article mis en ligne le 11 septembre 2017

par C.P.
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Histoires de la Plaine, nous sommes dans la pampa argentine, un petit café, quelques hommes qui semblent attendre, une pompe à essence, un vieux qui balaie… Tout est statique, à l’abandon, avec autour des champs de soja à l’infini… Le désert vert de la mono culture est rythmé par le passage des avions qui font l’épandage de pesticides. La région était, il n’y a pas si longtemps, parmi les plus fertiles d’Argentine, et la voilà transformée depuis une quinzaine d’années en un espace voué aux « cultures dites “de rente”, dont la production est destinée à l’exportation, le soja et le maïs étant utilisés majoritairement pour la nourriture du bétail. »

Rentabilité, le mot clé de la destruction de l’environnement est dit.
« On étalait la poudre violette. Et cette poudre violette était du poison, et puis mon père semait le champ avec les graines déjà traitées. Et en repensant à ma vie [confie la maîtresse d’école dans le film], je m’aperçois aujourd’hui que, même si la technologie a beaucoup évolué — les machines sont plus grandes, le travail se fait beaucoup plus vite — [je constate] qu’on sème toujours du soja en utilisant des poisons. Et ce qui était “très normal” à l’époque pour nous — aider notre père dans l’utilisation du poison —, l’est encore aujourd’hui pour mes élèves. Pour eux c’est normal de travailler avec du poison. »

Histoires de la Plaine de Christine Seghezzi. Les champs rectilignes et à perte vue de plantes génétiquement modifiées (PGM) sont cultivées sur 175 millions d’hectares dans le monde, soit 13% des surfaces cultivées. Les pays producteurs pratiquent une agriculture industrielle sur de vastes superficies, notamment 70 millions d’hectares aux États-Unis, 40 millions au Brésil et 25 millions d’hectares en Argentine. Les quatre variétés de cultures sont en majorité le soja sur 80 millions d’hectares, le maïs sur 55 millions, le coton sur 25 millions et le colza sur 10 millions d’hectares.

Histoires de la Plaine… C’est une histoire de profit destructeur et de rentabilité dévastatrice à court terme que nous raconte Christine Seghezzi, en promenant sa caméra et en écoutant les personnes qui témoignent des conséquences dramatiques sur la population : maladies, cancers, malformations, mêmes phénomènes pour les animaux : « L’élevage n’est plus ce que c’était [dit un éleveur]. Avant c’était différent, aujourd’hui tout a changé. Aujourd’hui il y a des problèmes […]. À cause des liquides, à cause de l’air qui a changé. Parfois tu ne sais pas pourquoi, tu trouves une poule morte. De mort subite. Elle meurt. Comme ça. Des fois, des cochons naissent avec des malformations. Ils meurent au bout de deux jours. Ou ils naissent aveugles ou sans oreilles. Il y a quelques jours un cochon est né sans appareil pour uriner. Il a vécu trois jours, puis il est mort. »

Christine Seghezzy revient en détail sur le « désastre écologique, sanitaire et économique » que représente la culture intensive du soja transgénique en Argentine. Les autres cultures ont disparu, les pesticides ont empoisonné la terre et les nappes phréatiques, des espaces immenses sont recouverts de soja, au détriment de la diversité et de l’élevage des bovins qui sont désormais parqués dans des usines à viande…

Histoires de la plaine donne la parole à des hommes et à des femmes qui narrent simplement la dévastation d’une région, l’expropriation et la misère, mais c’est aussi l’histoire politique et sociale d’Argentine qui surgit, les disparitions de militants et militantes sous la dictature militaire, les populations indiennes qui, auparavant, vivaient sur ces terres parmi les plus fertiles du pays. Des histoires à connaître… Un très beau film à voir absolument.

Histoires de la plaine de Christine Seghezzi est sur les écrans depuis le 30 août.



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