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Christiane Passevant
La mémoire refusée : Lesa Humanitat, film documentaire d’Hector Faver
Article mis en ligne le 27 septembre 2017

par C.P.
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Lesa Humanitat d’Hector Faver est en attente de distribution dans les salles… Pas seulement en programmation de festivals. Il faut le souhaiter pour ce film passionnant
et soulevant de nombreuses questions taboues.

Hector Faver est argentin et vit en Espagne où il a créé une école audiovisuelle de documentaires. Son film a été projeté pour la première fois au Festival Différent 10, L’autre cinéma espagnol.

Lesa Humanitat est un documentaire militant et assumé comme tel, avec la rage et la volonté de dénoncer l’impunité des responsables de crimes franquistes, toujours libres et même au cœur des institutions. Partant du constat de la reconnaissance en Argentine des crimes perpétrés par les militaires argentins, Videla et autres, pourquoi ne dit-on rien des crimes franquistes ? Pourquoi cette impunité et le blocage des enquêtes ? Pourquoi ce silence après la mort de Franco ?

La transition démocratique espagnole est toujours présentée comme un modèle. Or il faut savoir qu’une célébration de la transition démocratique est organisée par quatre personnes, dont une a été le « charcutier » de Vitoria en mars 1976, quand la police a assassiné et littéralement liquidé des travailleurs en grève.
Le vol des bébés pendant le franquisme a été qualifié de problème économique, et justifié comme tel avec l’appui de l’Église. C’était en fait un système. Le vol et la vente de bébés étaient lucratifs. 30 000 vols de bébés ont ainsi été recensés jusqu’en 1952. Après cette date, le commerce s’est poursuivi sans recensement, avec l’aval de l’État, puisque cela s’est passé dans les institutions publiques.

Le film d’Hector Faver est une véritable enquête et rapporte les témoignages de personnes, d’associations, et s’élève contre l’argument opposé comme quoi les crimes franquistes feraient partie du passé. Il ne s’agit pas du « passé », rétorque le réalisateur, puisque les mères des enfants volé.es continuent de réclamer justice et que le déni se poursuit concernant les fosses communes.

Le terrorisme d’État, mis en place sous Franco, doit être analysé ainsi que les crimes commis pendant quarante ans de franquisme, au même titre que les crimes contre l’humanité, perpétrés par les fascistes, les nazis ou les bourreaux du régime de Pol Poth. On parle des camps de concentration, celui d’Auschwitz Birkenau est un lieu de mémoire, mais on ne parle pas des camps en Espagne : pourtant 200 camps de concentration ont été mis en place, où s’entassaient des milliers d’opposants et d’activistes, le dernier camp a été fermé en 1947.

La « transition démocratique » repose sur l’impunité des franquistes et de leurs crimes contre la population pendant 40 ans. Il n’y a eu aucune remise en question de ceux qui ont du sang sur les mains. Il fallait à tout prix dissimuler les crimes franquistes, jusqu’à la mascarade de la bénédiction par le pape de la vallée de los Caidos où est enterré Franco, mais aussi des combattants nationalistes de 1936-39, quelque 50 000, dont également des républicains ensevelis avec leurs bourreaux.

S’il faut tourner la page du passé, alors pour cela, il faut la lire.



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