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Christiane Passevant
Une Aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation de Daniel Cling
Article mis en ligne le 3 juillet 2017

par C.P.
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Une aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation de Daniel Cling à qui il a fallu cinq années pour finaliser un film de rencontres théâtrales, d’échanges, de créations, de générosité, d’engagement. D’engagement certainement, car la décentralisation théâtrale est issue d’une époque où le programme du Conseil National de la Résistance était dans les têtes.


Initié dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, le projet de décentralisation du théâtre prend forme en 1947, à l’arrache, sans moyens, mais avec la détermination et l’idée de décloisonner, de libérer le théâtre de son carcan parisien et bourgeois. « On avait la fierté de la mission », dit Françoise Bertin dans le film, autrement dit porter le goût des grands textes, des grands auteurs pour une réflexion tout en divertissant, ouvrir l’esprit et l’horizon, quitter Paris, aller à la rencontre d’un autre public, d’un public qui n’allait pas au théâtre… Et pour cause, pas d’argent, pas de salles, les restrictions de l’après-guerre : le théâtre est secondaire !

Commence alors l’aventure des cinglé.es du théâtre. La vie en communauté, dans un mélange de passion, de rigolade et de rigueur, les troupes jouent « un théâtre sans chichi » où il faut tout faire, s’adapter aux scènes improbables, construire, installer les décors, faire la lumière, la régie, s’occuper des costumes… Certes les débuts sont héroïques, partir ainsi sur les routes dans des cars brinquebalants avec les costumes, les décors et la troupe. Mais c’est là qu’est la grandeur du théâtre, portée par la passion de ces pionniers, et de ces pionnières, qui ont expérimenté une vie de saltimbanques… L’aventure théâtrale plutôt que l’art théâtral.

Lorsque l’on pose la question à Jacques Fornier sur ses motivations, il répond être venu au théâtre pour effacer le souvenir épouvantable de la guerre, de l’Occupation, des camps de concentration. Faire du théâtre populaire, c’est la volonté des troupes de théâtre, des coopératives de comédiens et comédiennes qui jouent jusqu’à 289 représentations par an, qui installent leur scène dans 45 villes en 60 jours et affichent jusqu’à 5 créations par an : « Un jour sans jouer, c’était un jour sans bouffer ». Mais surtout, « on jouait Shakespeare comme de son temps », au milieu des gens, sur la place du village, dans une cantine d’école, dans la vie. Le théâtre de la décentralisation se réapproprie la culture bourgeoise qui est « la plus value » du monde ouvrier et fait lire le monde autrement que la domination l’impose et le filtre.


Puis vient le temps des maisons de la culture, celles qui sont créées dans les régions et celles de la banlieue parisienne. « On avait l’impression de faire des choses importantes, surtout en prise avec les événements », confie Évelyne Istria. L’important est que « le théâtre doit refléter les préoccupations de notre temps, sans refuser l’histoire ». C’est alors que s’opère un basculement, la prise de pouvoir des metteurs en scène et des créateurs sur les troupes, ce qui engendre un autre théâtre. « C’est devenu autre chose sans qu’on s’en aperçoive », regrette Hélène Vincent.

Le fil rouge dans ce dédale de souvenirs et de rencontres, c’est le comédien Philippe Mercier qui en assume le rôle, il connaît la décentralisation et les troupes de théâtre un peu partout en France pour en avoir fait partie. Il permet de dérouler l’histoire foisonnante de plus de trente années de théâtre. Une Aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation [1], ce n’est pas seulement un documentaire, c’est une enquête cinématographique sur plus de trente ans de l’histoire du théâtre par celles et ceux qui l’ont faite — du CNR à 1968, puis à 1981 —, une expérience unique. Une Aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation est un très beau récit cinématographique qui invite à revisiter l’histoire théâtrale, tant sur le plan humain et artistique que sur le plan social et politique… En fait, c’est, comme en écho, l’histoire de la société et son évolution.

La projection d’Une aventure théâtrale. 30 ans de décentralisation de Daniel Cling aura lieu durant le Festival d’Avignon, le 13 juillet à 16h, à la nef des images et le 18 juillet à 11h au cinéma Utopia.

Notes :

[1Avec Philippe Mercier, Robert Abirached, Françoise Bertin, Roland Bertin, Emile Biasini, Catherine Dasté, Jean Dasté, Sonia Debeauvais, Pierre Debauche, Général de Gaulle, Aristide Demonico, Jacques Fornier, Gabriel Garran, Hubert Gignoux, Georges Goubert, Jean Louis Hourdin, Evelyne Istria, Jacques Kraemer, JeanFrançois Lapalus, Jacques Lassalle, Jeanne Laurent, René Loyon, André Malraux, Philippe Mercier, Gabriel Monnet, Guy Parigot, Roger Planchon, Jack Ralite, Guy Rétoré, Isabelle Sadoyan, Maurice Sarrazin, Christian Schiaretti, Bernard Sobel, André Steiger, Arlette Téphany, Pierre Vial, Jean Vilar, Hélène Vincent, Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez.



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