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Christiane Passevant
Un Avant-poste du progrès de Hugo Vieira Da Silva
Article mis en ligne le 26 juin 2017

par C.P.
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Librement adapté de la nouvelle de Joseph Conrad, un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira Da Silva, explore la nature du colonialisme et la relation à l’autre, impossible sur la base de la domination, qui, même si elle n’est que commerciale en ce qui concerne le Portugal à la fin du XIXe siècle, n’est pas moins basée sur l’exploitation des populations africaines et le pouvoir occidental.

À cette époque, l’occupation portugaise de quatre siècles se poursuit avec l’installation de nombreux comptoirs commerciaux, notamment le long du fleuve Congo, censés organiser le trafic principalement de l’ivoire, mais aussi d’autres denrées. Le film a pour cadre l’un de ces comptoirs perdus dans une jungle impénétrable, « un avant-poste du progrès », où sont débarqués par un bateau à vapeur deux colons inexpérimentés, néanmoins convaincus de leur « mission civilisatrice » et de leur supériorité intellectuelle et organisationnelle sur les autochtones.

Le premier plan donne déjà des indications sur le caractère des deux personnages, « des ronds de cuir » pistonnés par le siège de Lisbonne, commente l’un des occupants du bateau qui les amène, en ajoutant, « ils ne feront pas long feu ». D’ailleurs, on apprend que l’équipe de colons qui les a précédés n’a pas survécu. Campés sur le débarcadère de fortune, vêtus du costume colonial, les deux protagonistes sont d’emblée promis à une lente déliquescence dans un paysage splendide, inextricable et empreint d’une magie que les deux arrivants sont bien incapables de percevoir. Et pendant que le bateau s’éloigne, les deux hommes pénètrent dans la forêt tropicale pour atteindre le comptoir, bungalow surélevé et théâtre d’une expérience qu’ils sont loin d’imaginer, sans non plus se douter qu’un piège se referme, celui du passé colonial ignoré, du déni de l’histoire africaine et de l’incommunicabilité avec les populations du lieu.

L’Afrique est comme une drogue qui agit à leur insu et dont ils n’anticipent pas les effets : l’ivresse, la maladie, la folie…

Des récits d’explorateurs de cette époque, explique le réalisateur, il ressort, que les « Européens étaient dans un état d’extase permanente dû à la famine, aux hautes doses de quinine, d’alcool, d’opium et autres drogues. […] Je dirais que la folie de mes personnages est due à la fois à l’incapacité à comprendre l’autre et à l’émergence du refoulé ».

Un Avant poste du progrès d’Hugo Vieira Da Silva soulève des réflexions à multiples ramifications, à la manière de la nature tropicale qui en est le cadre. Plus de quatre siècles de colonisation laissent des traces culturelles, sociales, historiques et font émerger des réflexions sur l’esclavage, la nature du colonialisme, l’exploitation, le déni de l’histoire et des cultures africaines, sur l’altérité, les liens dominants/dominé.es, le racisme et bien sûr le néocolonialisme…



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