DIVERGENCES 2
Revue libertaire internationale en ligne
Descriptif du site
Christiane Passevant
Théâtre : La domination masculine de Pierre Bourdieu avec les textes de Tassadit Yacine
Article mis en ligne le 1er mars 2017

par C.P.
Imprimer logo imprimer

La domination masculine de Pierre Bourdieu avec les textes de Tassadit Yacine par le collectif Manifeste rien dans une mise en scène de Jérémy Beschon, interprétée par Virginie Aimone

À travers la découverte des rapports de genre, c’est-à-dire des catégorisations de l’inférieur et du supérieur, on découvre la racine commune du racisme et des discriminations. La domination masculine est certainement la première des inégalités à cerner pour l’analyse des processus et des pratiques de domination. Celle qu’en fait Pierre Bourdieu l’amène à observer que les dominants sont également prisonniers de leur domination.

Seule sur scène, Virginie Aimone dit un texte inspiré de l’essai de Pierre Bourdieu, la Domination masculine, en emprunte le titre, auquel s’ajoutent des mythes, des poésies populaires berbères et des témoignages des deux rives de la Méditerranée, qui sont issus des travaux de l’anthropologue Tassadit Yacine.

La représentation offre un One Woman Show impressionnant dans lequel la comédienne Virginie Aimone aborde notamment l’importance de la violence symbolique comme moyen de domination, l’adoption du point de vue dominant par les femmes de leur image dévalorisée et la soumission transmise comme un code incontournable de l’ordre social de sexe. Et cela, même si les rapports de sexe et la division sociale du travail tendent aujourd’hui à brouiller les pistes et à donner l’impression que l’inégalité entre les hommes et les femmes s’efface.

Les modalités du clivage féminin/masculin sont en perpétuelle mutation, certes les femmes « occidentales » ont de plus en plus accès à leur indépendance matérielle, cela ne signifie pas pour autant que les inégalités entre les hommes et les femmes soient éradiquées. Les inégalités salariales en sont la preuve formelle et l’on est encore loin de l’application en pratiques de la fameuse formule « à travail égal, salaire égal ». Et l’on pourrait aussi donner comme exemple le partage des tâches non rémunérées, dites domestiques, ou encore le frein à la féminisation de la langue française qui prend le prétexte d’une règle instaurée au XVIIe siècle, selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin. Cette règle, encore enseignée aujourd’hui, inscrit de facto la domination phallocratique dès l’enfance et conduit à l’invisibilité du féminin.

Dans ce contexte, on peut se poser la question de l’influence de l’historicité des rapports sociaux de sexe. En effet, si les textes sur les rapports sociaux de sexe sont en général écrits par des femmes, ils se situent le plus souvent dans une perspective de libération des femmes, mais néanmoins l’analyse demeure dans le cadre d’une vision masculine du monde social.

D’où l’importance du montage de ce texte par la compagnie Manifeste Rien avec les mythes populaires kabyles analysés par Tassadit Yacine. Ainsi s’ajoute une matière ludique et une dimension pratique et quotidienne aux propos développés dans l’essai de Pierre Bourdieu. Surgit alors sur scène, grâce à l’interprétation de Virginie Aimone, des personnages, des situations, des illustrations de ce qu’est au jour le jour, et sans qu’on y prenne garde, la Domination masculine dans nos sociétés et ailleurs : le sujet est universel.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.80.4