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Christiane Passevant
Tramontane. Film de Vatche Boulghourjian
Article mis en ligne le 1er mars 2017

par C.P.
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Tramontane
Film de Vatche Boulghourjian (1er mars)

Rabih est un jeune chanteur aveugle, né dans la période troublée de la guerre civile au Liban, qui découvre à l’occasion d’une demande de passeport, que son identité est usurpée. Profondément troublé, il se heurte à l’ignorance et au silence de sa famille. Il se lance alors dans une quête bouleversante sur les circonstances de son adoption et du changement de son identité.

Chaque rencontre l’entraîne dans une version différente des faits, fabriquée inconsciemment ou consciemment. Les traces administratives ayant disparu pendant le conflit.

La quête de Rabih est un retour sur les événements de la guerre civile libanaise qui ont marqué le pays entre 1975 et 1990, mais chaque personne, selon son origine, sa classe, son implication dans la guerre, tisse depuis plus de 25 ans, une réalité différente, se dédouanant ainsi de la responsabilité des meurtres commis et de la complicité dans une guerre sale.

Comme s’il déroulait un fil d’Ariane dramatique, Rabih est peu à peu confronté à la diversité communautaire libanaise, donc aux différentes versions d’une mémoire fragmentée, fantasmée, en aucun cas commune. À l’évidence la guerre civile n’est pas finie, les antagonismes et les rancœurs ont adopté d’autres formes d’expression, et la violence peut dégénérer à l’occasion d’une crise ou de heurts, malgré le déni officiel et ses tentatives d’enfouissement. Il ne suffit pas de reconstruire sur les ruines, faut-il encore analyser les causes de la destruction et opérer « l’introspection de tout un pays, incapable de faire face à sa propre histoire. »

C’est le fond essentiel de Tramontane de Vatche Boughourjian dans un après-guerre qui n’en finit pas. Rabih est né pendant la guerre, dans une période où les archives hospitalières et administratives ont pour beaucoup disparu. Sa recherche de preuves et de témoins va le plonger dans les mystères et les dénis d’événements tragiques, l’interprétation multiforme de du conflit et de sa probable identité ; « Rabih fait face à des mythes, des fantasmes et des mensonges — personne ne lui livre la vérité qu’il attend. C’est un phénomène commun au Liban depuis la fin de la guerre : afin de s’en protéger ou de s’en exonérer, on fabrique le passé de toutes pièces, en le manipulant voire en le dissimulant purement et simplement. »

La cécité est en quelque sorte une allégorie de la société libanaise et de l’amnésie officielle, en revanche si Rabih est non-voyant, il est lui déterminé à retrouver une identité qu’elle soit ensevelie ou travestie. Sa quête est aussi une perception de toute une diversité — chrétienne, chiite, sunnite, arménienne, ou autre —, qui fait la caractéristique culturelle du Liban, avec en commun la culture et la musique, surtout la musique.

Sortie nationale le 1er mars.



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