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Raphaël Lebrujah
Le Rojava et la désinformation (8/8) : l’ignorance volontaire, le cas de Mediapart
Article mis en ligne le 22 février 2017

par C.P.
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L’ignorance volontaire dirige la pensée concernant la Syrie et en particuliers au sujet des Kurdes. L’approche courante est souvent réduite à « zone contrôlée par le PKK » pour ne pas parler du fond et de leur projet. Nous ne trouvons presque rien dans les médias sur les positions et pratiques défendues au Rojava.

L’ignorance volontaire et la désinformation

Cela dénote le manque de pluralisme dans les médias que nous avons en France. La grande majorité des journalistes, experts ou représentants politiques qu’on nous présente en France soutiennent l’opposition armée islamistes dont ils taisent ou atténuent les dérives. Ceux qui restent soutiennent le régime. Aucun journaliste, expert et représentant politique soutenant les FDS et leur projet émancipateur pour les opprimés, en premier les femmes et les minorités, ne sont présent à la radio, sur les plateaux télés et dans les journaux.

On voit défiler sur les télévisions des personnes qui se connaissent entre elles, qui ont fréquenté les mêmes écoles et qui partagent la plupart du temps les mêmes avis. Cela est dû à une presse qui n’est pas libre. La grande majorité est phagocytée par des grands groupes financiers et industriels qui ont des intérêts intimement liés à une vision postcoloniale du Moyen-Orient et à l’exploitation de ses richesses.

Le plus choquant dans mes recherches, C’est que ce travail que j’ai entrepris sur le Rojava, je l’ai fait car presque personne ne le faisait en langue française (et même en anglais cela manque également) même dans des journaux réputés indépendants comme Mediapart. En effet, la pluralité du débat autour de cette question n’a pas été respectée, excluant de fait la communauté kurde de la réflexion sur une solution pour la Syrie. Cela est dû à la simple raison que, malgré l’indépendance financier du Mediapart, ses journalistes de sa rédaction qui écrivent ou commentent la question syrienne sont pour la plupart dans les mêmes réseaux que les médias dominants concernant la question syrienne. L’une des démonstrations de cela est l’écriture commune d’un livre de Pierre Puchot de Mediapart et de Romain Caillet. Ce dernier diffusait sur tweeter des photos prises par des membres de Daech de femmes combattantes kurdes décapitées. Il ne cache pas son opposition au PYD (qu’il assimile au PKK). Étrange choix d’information, mais rien d’étonnant quand on sait que ses anciennes sympathies étaient tournées vers Al Qaeda. Sous le pseudo de Colonel Salafi, ce dernier ne cache pas ses sympathies pour la mouvance islamiste mais non "djihadiste", Romain Caillet se justifiant de la manière suivante : « je ne suis plus pour le djihad parce que je m’oppose au fait d’entraîner des jeunes pour se sacrifier à mourir sans avoir acquis au préalable les bases de l’islam". Donc mourir au nom de l’Islam après l’avoir étudié pas de problème. On comprend sa sympathie envers certains groupes armés.

Ce réseau d’influence a eu raison d’un travail d’analyse de Mediapart sur cette question, à la grande déception de nombreux lecteurs. Cela est d’autant plus ridicule de la part de la rédaction de Mediapart qu’ils sont a priori positifs sur le HDP pro-kurde en Turquie alors qu’ils ont exactement le même projet politique et idéologique que le confédéralisme démocratique mis en place au Rojava. Cette dissociation étrange conduit à des positions absurdes sur les questions concernant le Moyen-Orient. Notamment le soutien à la rébellion syrienne, comme si les révolutionnaires de 2011 dirigeait toujours la révolte, sans jamais aborder leur programme politique réel et ses conséquences sur les populations civiles sur place. Allant jusqu’à prétendre que le terme islamiste ne veut rien dire, alors que de nombreux groupes rebelles syriens s’en réclament. L’une des dernières frasques en date et d’avoir donné la parole à Jean-Pierre Filiu, lors de la prise d’Alep par le régime, alors qu’il est intimement lié à la propagande turque et à ses intérêts. On n’est plus à une contradiction près.

Il est important à noter que Pierre Puchot n’écrit plus pour Mediapart sur la question syrienne. Il aurait été mis à distance pour son manque d’impartialité, et depuis, Mediapart a une ligne internationale moins marquée sur la question syrienne. Peut-être cela annonce-t-il un changement positif vers plus de pluralisme ?

Pour conclure, beaucoup ont intérêt à faire fi du Rojava et des solutions démocratiques qu’il propose. Ils seraient temps que le reste de la presse indépendante se réveille et que le Rojava ne soit plus un désert d’information et une boulimie de désinformation dans l’espace public.

Pour cela, il faut que des médias indépendants, des citoyens engagés s’emparent de la question. Des groupes à travers le monde, notamment aux Etats-Unis et en Europe, se forment en comité autour des idées des Kurdes et de leurs idéales révolutionnaires et démocratiques. Le mouvement est en train de s’inverser. La bataille de l’information sera l’un des nerfs de la guerre de ces groupes qui se forment à travers l’Occident.



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