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Raphaël Lebrujah
Le Rojava et la désinformation (3/8) : les enfants soldats
Article mis en ligne le 22 février 2017

par C.P.
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Pour poser les choses clairement : oui il y a des enfants soldats dans les YPG/YPJ au regard du droit international. Alors en quoi est-ce de la désinformation ? De par son traitement très orienté par certaines organisations. Il ne s’agit pas d’enfants de 10 ans envoyés en première ligne au front.

L’une de ces organisations qui porte ces accusations est Human Rights Watch (HRW). Le profil des enfants soldats dans les milices des YPG/YPJ est varié. Ils ont entre 15 et 17 ans. Sur la ligne de front et le chaos engendré par la guerre il est parfois difficile de vérifier l’âge des aspirants au combat et il n’est pas rare que ces enfants mentent sur leur âge pour pouvoir se faire engager. Certains commandants préférant ne rien voir.

Tous se sont portés volontaires pour différentes raisons. Chez certains, les YPG/YPJ sont des héros. En effet, les autorités du Rojava communiquent énormément sur l’héroïsme des martyrs tombés au combat, érigés en exemples pour toute la société mais aussi sur l’importance de s’engager. Il y a donc beaucoup de jeunes impatients de s’engager.

Plus rarement certaines filles fuient le patriarcat pour s’engager dans les YPJ. Notamment le mariage forcé ou les violences. Bien que ces pratiques soient formellement interdites et vigoureusement combattues, le chaos ambiant rend difficile le travail de lutte contre les injustices. Par conséquent, elles s’engagent pour fuir une situation d’oppression. Il y a également des jeunes orphelins ou en situation précaire qui sont pris en charge par les YPG/YPJ.

Il est à noter que les mineurs recrutés dans les YPG/YPJ exécutent des tâches à l’arrière du front et ils ne sont pas sollicités pour combattre et monter au front.

Il ne s’agissait donc pas d’une politique systématique mais d’une combinaison de facteurs poussant des jeunes à s’engager au vue de la situation sociale extrême combinée à la complicité ou la négligence de certains commandants.

C’est dans ce sens que les YPG/YPJ ont signé un accord de démobilisation de l’ensemble des enfants. Lors d’une conférence de l’ONG « l’appel de Genève », avec qui les YPG/YPJ ont signé un accord. ; et cette ONG qui est liée à l’ONU cherche à travailler, entre autres, sur la protection et la réinsertion des enfants soldats dans le cadre de conflits. Par cet intermédiaire l’ ONU intervient auprès des représentants des groupes armés non étatiques. Dans ce cadre les YPG/YPJ ont été cités en exemple lors de la conférence dans le cadre de la démobilisation d’enfants soldats. Les YPG/YPJ sont le seul groupe participant à la conférence où il est avéré que des officiers ont été sanctionnés pour leur non-respect des règles établies contre le recrutement d’enfants soldats.

Maintenant, le problème provient du fait que bien souvent cette information n’est pas mise en rapport avec le reste de la problématique de la Syrie. En effet, la présence d’enfants est assez faible, (plusieurs dizaines chez les YPG/YPJ) en comparaison aux centaines d’enfants soldats que l’on trouve notamment parmi les rebelles « modérés » qui eux n’hésitent pas à recruter des enfants très jeunes. Selon l’ONU [1], Le premier recruteur d’enfants soldats identifié en Syrie est Daech avec 75 % effectifs, suivi de l’opposition islamiste avec 21 % des effectifs et environs 1 % pour le Front Al Nosra. Les troupes d’obédience islamiste représentent à elles seules 97 % des enfants soldats syriens. Les groupes d’opposition islamique (rebelles « modérés ») se sont également illustrés notamment la brigade Al-Zinki, par l’exécution d’au moins un enfant, accusé d’être un soldat du régime. Ces mêmes brigades ont fait des déclarations pour le non recrutement d’enfants mais dans les faits cela n’a jamais été appliqué. La comparaison est sans commune mesure avec les YPG/YPJ qui interdisent les exécutions tout court. Il est important de souligner que la majorité de ces acteurs précédemment cité n’ont pas entrepris de démarches afin de démobiliser ces enfants voir justifient et défendent ouvertement que des enfants peuvent combattre. Le Rojava et le régime représentent chacun environs 1% des enfants soldat mobilisé.

Les articles qui parlent de cette question mettent rarement cela en perspective avec la réalité du conflit syrien, se contentant d’expliquer que les YPG/YPJ recrutent des enfants soldats sans traiter l’information dans sa globalité. Au final, ils attirent toute l’attention sur l’arbre qui cache la forêt.

Notes :
P.S. :

20 JANV. 2017 PAR RAPHAËL LEBRUJAH BLOG : LE BLOG DE RAPHAËL LEBRUJAH

https://blogs.mediapart.fr/raphael-lebrujah/blog/200117/le-rojava-et-la-desinformation-38-les-enfants-soldats



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