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Jean-Pierre Garnier
On revient de loin – opération Correa, épisode 2
Film documentaire de Pierre Carles et Nina Faure
Article mis en ligne le 30 novembre 2016

par C.P.
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Équateur-France : mêmes combats ? À première vue, le rapprochement peut paraître inattendu voire farfelu. Quoi de commun, en effet, entre la France et un petit pays d’Amérique Latine de 18 millions d’habitants en voie de développement où le quart de la population vit encore de l’agriculture et dont économie dépend en partie de l’exportation de pétrole ? Pourtant, c’est pour « ramener des idées qui peuvent être utiles » dans l’hexagone, comme l’explique le réalisateur Pierre Carles, que celui-ci a y emmené son équipe à deux reprises pour filmer sur le vif différents aspects d’un processus identifié au nom de l’actuel président de la République : Rafaël Correa. Ce processus n’est autre, selon ce dernier, qu’une « révolution citoyenne » censée accoucher d’un « socialisme du XXIe siècle ».


Bien entendu, ces deux slogans ne manqueront pas de trouver quelques échos chez nous parmi les gens sensibles aux harangues du dernier imposteur « de gauche » en date prétendant à la magistrature suprême : Jean-Luc Mélanchon. Mais, au-delà de ce personnage de parodie, c’est la manière de rendre compte par l’image et le son d’une tentative réelle d’échapper au règne du néo-libéralisme et des efforts de son principal protagoniste pour y parvenir qui constituent tout l’intérêt des deux documentaires tournés par P. Carles et ses amis, l’un, Les ânes ont soif, déjà gratuitement accessible par internet, et l’autre, On revient de loin, en salles depuis octobre.

Tournés à deux ans d’intervalle, les deux films diffèrent de tonalité. Le premier, optimiste, nous dépeint un Correa triomphant menant tambour battant des réformes qui ont indéniablement amélioré le sort des classes populaires : sur la base d’une nouvelle constitution instaurant une politique économique partiellement libérée des contraintes du marché et de l’emprise des multinationales, la priorité a été donnée aux investissements dans l’enseignement, la santé et les infrastructures de transport tandis que les salaires et les retraites des travailleurs bénéficiaient d’une hausse non négligeable. Comme à son habitude, Pierre Carles en profite pour régler des comptes avec les confrères et ennemis du milieu des médias, lesquels n’avaient rien trouvé de mieux que boycotter en chœur la visite officielle en France d’un chef d’État qui, bien qu’élu dans les règles « démocratiques », fait figure de pestiféré aux yeux des zélateurs de la concurrence libre et non faussée. Ce qui nous vaut de réjouissantes séquences où l’on voit, entre autres, Ivan Levaï, Christophe Barbier ou Yves Calvi se réfugier dans la dénégation avec une stupidité, une arrogance, une autosatisfaction et une mauvaise foi insignes.

Moins divertissant mais tout aussi intéressant, le second volet, Opération Correa 2, a été tourné alors que l’opposition à l’expérience « socialiste » équatorienne commençait à se manifester dans la rue non seulement de la part des bourgeois pour qui, comme il fallait s’y attendre, R.Correa fait figure de « dictateur », mais aussi d’une partie des bénéficiaires de sa politique, les classes moyennes qui, enrichies par celle-ci, s’empressent d’adopter un comportement conservateur et consumériste, notamment face à un projet de loi sur les successions rognant quelque peu les privilèges des plus fortunés.

Bien que ne dissimulant pas leur sympathie pour le président de la République, Pierre Carles et ses complices donnent la parole a tout le monde, y compris à des intellectuels de gauche jugeant quelque peu autoritaire et bureaucratique la manière dont Correa fait passer ses réformes. À tel point que le cinéaste et la journaliste qui le seconde laissent parfois percer leur désarroi quant le futur de la « révolution citoyenne ». Ce film n’a donc rien d’une hagiographie. Qu’ils trouvent attachante la personnalité charismatique de Rafaël Correa, on peut d’autant plus les comprendre — bien qu’élu deux fois, il ne briguera pas un troisième mandat, préférant revenir à ses études économiques inspirées par le christianisme social et la théologie de la libération —, qu’elle tranche avec celle, tantôt grotesque tantôt sinistre ou les deux à la fois, des leaders d’un PS à propos duquel les lycéen.nes révolté.es des manifestations du printemps avaient raison de crier « P comme pourris, S comme salauds ».

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