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Christiane Passevant
L’Étoile du jour
Film de Sophie Blondy
Article mis en ligne le 1er décembre 2016

par C.P.
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Un cirque itinérant sur une plage de la Mer du Nord. Un casting superbe, Denis Lavant, Iggy Pop, Tchéky Karyo, Béatrice Dalle, Natacha Régnier…

Qui interprète mieux le maelstrom du tourment que Denis Lavant ? Encore une fois, il joue à merveille l’amour, la jalousie, les pulsions mortifères, calmées par sa conscience jouée par le hiératique Iggy Pop qui a l’air, mutique, de prendre son pied sur une bande son époustouflante. Les protagonistes se débattent dans un décor, comme pris au piège d’une immense toile d’araignée, sauf qu’on ne sait plus qui est le monstre à l’affut, tant les personnages passent de la domination à la faiblesse pathétique. Tout cela dans une histoire fragmentée autour d’un mystère salace dont le magicien et le directeur (Tchéky Karyo) paraissent avoir la clé.

Du tournage, en plusieurs étapes, il y a cinq ans au Touquet — alors que Denis Lavant tournait Holy Motors —, il demeure une impression de fragmentation qui ajoute au récit une touche poétique… surréaliste. Le passage d’un très beau noir et blanc à la couleur, tout au long du film et même durant les séquences, renforce cette impression, de même que le jeu des flous et l’utilisation de silhouettes qui se brouillent soudain, se fondent dans l’air et la mer.

« Personne ne voulait que le film s’arrête au milieu » dit Sophie Blondy en évoquant les difficultés à réaliser un film d’auteure, hors des codes habituels, sans rythme accéléré ni précipitation. Un rythme atypique dont les apparitions de la conscience au clown — Iggy Pop flouté avec le look d’un ange baroudeur —, dans une flaque d’eau, dans les dunes, dans un décor de cabines de plages abandonnées, marquent des repères à la manière d’un coryphée antique.

Au début était la mer, un générique sur des vagues qui se superposent, l’écume qui s’échoue sur le sable… Fondu enchaîné sur un chapiteau, anachronique, dans les dunes. Les personnages emplissent l’image et c’est la vision fugace, juste un instant du film de Tod Browning, Freaks. L’ambiance est immédiatement crée par le mystère des sentiments amoureux, la solitude qui ronge, le manque affectif, la frustration, tout cela sur fond de secret. L’argent caché, un meurtre dissimulé, au Havre, dans un autre cirque ?
Rêve ou réalité ? La question est récurrente durant tout le film. Rêve ou réalité ? Qu’il s’agisse du spectacle devant quelques spectateurs, des cris de la magicienne (Béatrice Dalle) qui font fuir le public, du cadavre d’un homme mort flottant sur les vagues dans le cauchemar du directeur, jusqu’à sa violence et son besoin de dominer, le baiser sur un moignon, la candeur de la danseuse (Natacha Régnier) à qui Elliott le clown dira finalement, « elle me fait mal ta pureté ! ».

La musique tient une place essentielle dans le film pour la couleur onirique du récit, elle accompagne les rêves et les visions, accentue le côté décousu d’une réalité sublimée. Il restera certainement en mémoire l’homme lumière, les images entre ombre et lumière, le graphisme du cadre pour certains plans, la prison dont les murs tombent, le son… Un trip quoi !

The Prisoner, Steve McKay/Iggy Pop
(Sortie 28 septembre 2016)

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