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Christiane Passevant
Merci patron !
Film documentaire de François Ruffin (24 février 2016)
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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Merci Patron ! Premier film de François Ruffin — il a un faux air de Groucho Marx —, sous l’égide de Fakir productions. Premier film donc dans lequel Ruffin joue l’empêcheur de tourner en rond du système capitaliste, le grain de sable de la machine à broyer des salarié-es, en montant un sacré coup contre le pdg le plus riche de France. Vous voyez qui sait ? Bernard Arnault, le patron de LVMH, les marques de luxe, le futur temple de la Samaritaine, celui qui rachète pour quasiment rien des ateliers de confection, qui promet de sauvegarder les emplois, puis délocalise à tour de bras ces mêmes ateliers, du Nord de la France vers la Pologne, la Roumanie, là où la masse salariale est à la merci des prédateurs industriels, histoire de réduire les coûts de production, mais pas les prix de vente, bien sûr. Et le groupe LVMH délocalisera peut-être ensuite vers la Grèce, par exemple, lorsque la population grecque sera totalement à genoux, comme l’explique en souriant l’un des sbires de la "marque", en langage de COM.

Alors évidemment Bernard Arnault et sa Babylone marchande, au cœur de Paris, écrasent le monde travailleur, du grand magasin aux ateliers… Sans état d’âme. D’ailleurs pour bosser dans le temple du luxe — anciennement la Samar popu, mais complètement relookée — il faut présenter chic, svelte et jeune, sinon dehors ! Et quand on vient du rayon bricolage, ce n’est pas compatible avec les hautes sphères branchouilles de la mode, alors les salarié.es sont traité.es comme des pions et se retrouvent sur le pavé, viré.es.

Et pendant ce temps-là, dans le Nord de la France, après avoir été jeté.es d’usines qui virent à la friche, Jocelyne et Serge Klur vivent avec 400€ par mois et sont sur le point de perdre leur petite maison dans la prairie, pour cause de retard dans les paiements du crédit. C’est alors que François Ruffin, après moult reportages sur les fermetures d’usine, les délocalisations et les licenciements de masse, rencontre les Klur qui sont au bout du rouleau et au bord du gouffre.

Une fable actuelle, une enquête sur les capitalistes, leurs barbouzes et leurs actionnaires à deux vitesses… Le pot de terre contre le pot de fer, pas sûr que le pot de fer l’emporte, cette fois. Merci patron  ! se fait les muscles en jouant le bluff et l’arnaque. Et François Ruffin se transforme — il faut dire qu’il interprète deux rôles : celui du journaliste redoutable et celui du fils d’ouvrier —, on songe à Günther Wallraff, grimé en travailleur turc, noir ou en SDF pour ses reportages, à Jack London, devenant clochard pour vivre dans les bas fonds de Londres (Le Peuple des abîmes), ou encore à Henri Leyret s’installant à Belleville comme mastroquet, En plein faubourg.

Dans Merci Patron !, il y a aussi le côté thriller, on peut dire haletant — y’a du suspens —, car la tension monte et les caméras se planquent pour « l’arnaque version lutte de classes » ! Feed the poor, eat the rich ! Et nous voilà dans une aventure à la Jean-Pierre Levaray — style Tue ton patron ! — et ça fait du bien !

On rigole, on pense à Roger et moi de Michael Moore, que notre réalisateur connaît par cœur, à l’Homme de la rue de Frank Capra, et on se dit que la farce sociale, même si elle ne va pas faire la révolution, c’est quand même génial !

P.S. :

Après environ 5 mois de programmation, le film atteint les 500 000 spectateur.es…

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