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Christiane Passevant
Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes
Natacha Henry (la librairie Vuibert)
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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C’est en quelque sorte un roman de gare que l’histoire de Marthe Richard, un récit de vie à surprises et rebondissements, celui d’une femme hors du commun, pour laquelle on a parfois du mal à démêler le vrai du faux, la réalité de l’imaginé, la sincérité de l’opportunisme… Elle est certainement une véritable aventurière dont il n’est guère possible de mettre en doute la détermination.

Marthe Richard a donné son nom à la loi du 13 avril 1946 qui ordonna la fermeture des maisons closes, des lieux où la violence des « clients » était non seulement dissimulée, mais institutionnalisée. À tort ou à raison, elle est considérée comme une pionnière, ayant connu, elle aussi, la prostitution. Et lorsque 70 ans plus tard, une loi est promulguée visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, à accompagner les personnes prostituées, à adopter des moyens de lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle, afin d’assurer leur protection, leur insertion sociale et professionnelle, on pense évidemment à Marthe Richard et à sa déclaration de 1946 :

« Il ne suffit pas de s’indigner, il faut démasquer l’existence des responsables de cette vague d’immoralité qui nous déborde : une mafia, à la fois capitaliste et internationale ; un grand trust dont on ne parle jamais, qui présente tous les caractères d’un commerce, d’un consortium méthodiquement organisé et même syndiqué. […] C’est par l’amélioration des conditions de la vie sociale des femmes que nous pouvons faire régresser la prostitution. […] Aujourd’hui, nous, les femmes, nous votons. Nous sommes des citoyennes, libérées de toute tutelle ; nous avons notre mot à dire, les temps ont changé… Il est de notre devoir et de notre souci de défendre nos semblables. La femme est un être humain et non une marchandise. »
D’ailleurs, il n’existe pas de prostitution choisie et épanouie, c’est toujours une décision de survie, quand ce n’est pas une contrainte par un tiers.

« C’était une drôle de bonne femme. Elle a été aviatrice, espionne, une vraie aventurière » dira la tenancière d’une maison close renommée — le Sphinx —, en prétendant que Marthe Richard a été manipulée dans ce combat de la fin de la collaboration et de la Seconde Guerre mondiale. Les maisons closes étaient des lieux de « repos des guerriers » de la Wehrmacht, des magouilles des collabos, mais « contrairement aux insoumises, aux occasionnelles, aux femmes du quotidien tondues à la Libération et exposées en place publique pour avoir fricoté avec les “Boches”, les soumises bénéficient d’une certaine indulgence au sortir de la guerre. Assimiler ce “métier” à une volonté de collaboration ? Impossible, car une activité professionnelle n’est pas un choix politique. »

Dans son livre, Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes, Natacha Henry retrace sans complaisance le parcours de vie de Marthe Richard, sans épargner les zones d’ombre avec le rappel d’un passé trouble et de ses compromissions. Mariée à plusieurs reprises, lucide sur les relations amoureuses et sur la domination patriarcale, Marthe Richard a su « naviguer » en eaux troubles dans des périodes difficiles et se construire une légende dans un monde d’hommes. C’est aussi, pour Natacha Henry, une autre manière d’aborder les tabous, les blocages, les non dits autour du système prostitutionnel et la mauvaise foi, notamment politique, qu’il génère. 70 ans et l’on se demande si les mentalités ont évolué sur ce que certain.es appellent encore communément « le plus vieux métier du monde ».

Christophe Betenfeld, arrière petit neveu de Marthe Richard et auteur de la postface de Marthe Richard. L’Aventurière des maisons closes, voit en elle « une femme du XXe siècle qui aura été à l’avant-garde de beaucoup de choses. Une femme émancipée, qui, malgré son enfance miséreuse et un passage à 16 ans par la prostitution, a été aviatrice, espionne ». Une belle image sans doute… Mais la légende de l’aventurière est écornée par ses déclarations réactionnaires qu’elle fit à la fin de sa vie, oubliant ce qui l’animait auparavant, une soif de liberté !



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