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Christiane Passevant
La Montagne sans nom
Robert Sheckley (Collection Dyschroniques des éditions du passager clandestin)
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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Robert Sheckley imagine, en 1955, les conséquences de la folie destructrice et bétonnière poussée à son paroxysme pour d’importants projets planétaires inutiles, la règle étant d’adapter la nature aux plans de colonisation pour le profit de grandes firmes de construction. Vive le BTP et l’anéantissement des planètes !

Si l’on songe aujourd’hui aux projets mégalomaniaques de dirigeant.es en mal de renommée électorale ou de profits, la réalité dépasse encore une fois la fiction… Des exemples proches : détournement de rivière au Brésil pour alimenter en eau le village des jeux olympiques, même type de projet en Chine entre le nord et le sud, construction d’un aéroport à Nantes au prix de la destruction de forêts et de pâturages… Nombreux sont les exemples de ces grands projets totalement inutiles et à coup sûr nuisibles à l’environnement, générant en outre de véritables catastrophes pour les populations. « Ce que la nature a mis un million d’années à construire, nous sommes capables de le détruire en un seul jour. Nous pouvons mettre en miettes cette belle montagne et la remplacer par une ville de ciment et d’acier garantie pour un siècle ! »

Dans la Montagne sans nom, c’est une armée de consultants, d’ouvriers qui s’activent pour supprimer les montagnes, raboter les plaines, déplacer des forêts… Afin que rien n’entrave le Plan de Travail 35 pour qu’il « devienne un centre d’accueil favorable à la civilisation technologique unique et exigeante de l’homo sapiens. » Rien qui soit susceptible de stopper ce Plan de travail, sinon l’inimaginable !

Vision d’un futur au présent, cette nouvelle de Robert Sheckley est un magnifique scénario pour un film catastrophe, tout est là : l’action, la métaphore impérialiste, l’engrenage mortifère, l’inconscience méprisante du colonisateur-envahisseur, l’aveuglement du court terme au nom de l’efficience à tout prix… Sheckley développe ici une critique acerbe des sociétés occidentales en général et de la société étatsunienne en particulier. Une critique plus que jamais d’actualité.

Comme dans la Dixième victime, adaptée à l’écran par Elio Petri en 1965, la course en avant de l’absurde s’allie à l’arrogance des serviteurs du productivisme capitaliste, de même qu’à la soif d’expansion impérialiste au détriment bien entendu des minorités, des cultures locales et de la nature.

La montagne sans nom (The Mountain Without a Name) est parue aux États-Unis en 1955 et en France en 1969 dans la revue Fiction.



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