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Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
Audience captive
Ann Warren Griffith (Collection Dyschroniques des éditions du passager clandestin)
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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Audience captive d’Ann Warren Griffith. Autrement dit l’envahissement total de la vie, de l’intime par l’enfer de la publicité et l’aliénation à demeure sans aucune échappatoire, sinon la taule…

1953, les Etats-Unis vivent sous la domination de la propagande qui, selon Noam Chomsky, « est à la démocratie ce que la violence est à un État totalitaire ». Les techniques publicitaires sont de plus en plus péremptoires et sophistiquées pour créer les besoins de consommation et c’est la trame de la nouvelle d’Anne Warren Griffith : l’emprise du capitalisme de plus en plus totalitaire grâce à la publicité. Science fiction ? Pas si sûr vu, aujourd’hui, si l’on considère les assauts quotidiens des injonctions à consommer, à se conformer, à oublier toute possibilité de choisir par soi-même, de refuser… De rêver dans le silence…

Au lieu de cela, le marketing pousse à l’extrême pour vendre, vendre, vendre… Car « un industriel potentiellement capable de fournir un produit précis à tout un continent ne peut pas se permettre d’attendre le client. Au moyen de la publicité et de la propagande, il s’efforce de rester en contact permanent avec le grand public, de façon à créer une demande continue sans laquelle son usine coûteuse ne dégagerait pas de profits. [Donc il faut] élargir la clientèle, et à cette fin l’industriel doit connaître en profondeur non seulement son activité (la fabrication d’un produit en particulier), mais aussi la structure, la personnalité, les préjugés d’un public potentiellement universel à sa mesure. » Propaganda d’Edward Bernays.

Audience captive d’Anne Warren Griffith, c’est la version moderne de la petite maison dans la prairie, une version où les produits parlent, où la vie est rythmée par les ordres publicitaires, où l’espace sonore est gangréné par des slogans marchands et où les sentiments — s’il y en a encore — doivent suivre les lois du marché… Gare à ceux et celles qui transgressent !

L’ordre patriarcal doit avant tout être respecté pour la stabilité de l’État, la mère de famille est à sa place, dans sa belle cuisine, aidée dans les tâches ménagères par des messages publicitaires, et qui lui disent quand et avec quoi remplir le frigo familial. Les enfants modèles sont complètement accros à leurs produits et à l’agression des jingles de pub et le père travaille pour la Société de Ventriloquie Universelle des Etats-Unis, tentaculaire agence et unique pourvoyeuse de bonheur et maître de cérémonie du devoir constitutionnel à consommer.

Alors, oubliez les conversations familiales, ne résistez pas au bonheur aseptisé et obligatoire, suivez aveuglément et religieusement les commandements de la publicité ! Et surtout ne pensez pas, mais consommez !

De la science fiction ? La question est posée : la réalité rattrape et même dépasse souvent la fiction.



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