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Christiane Passevant
L’assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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L’assassinat des livres. Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde. Le livre-papier en question… Après la presse, faut-il que le livre passe sur tablette ou tout autre support numérique sous peine de disparaître ? S’en serait fini alors du livre que l’on touche, de l’odeur des vieux bouquins, des bibliothèques débordant d’ouvrages à lire ou qui s’entassent sur une table… Les textes, les images, les sons, les iconographies… Tout sur écran ! On n’a pas fini de cligner des yeux si l’on désire lire au soleil… Et l’odeur ?

Tandis que le cinéma invente des projections en odorama, les publications écrites, elles, passeraient par le numérique, c’est-à-dire la dématérialisation, en zappant complètement la rencontre par un certain contact visuel, le toucher avec les livres, les pages que l’on tourne, les ouvrages qu’on ouvre au hasard pour la découverte fortuite d’idées, de phrases… Le tactile et l’écran, ça n’est vraiment pas la même chose : « La lecture devient discontinue, elle se transforme en navigation dans un réseau aux ressources infinies, qui incite à sauter d’un texte à un autre plutôt que de prêter une attention soutenue à l’un d’entre eux, même si c’était l’intention initiale du lecteur. » C’est « une lecture sans lecture »

L’assassinat des livres. Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde. Le sujet est d’importance et mérite qu’on l’analyse, qu’on en discute, d’où l’idée d’une table ronde autour de cet ouvrage collectif, multi voix ou multi plumes, publié par les éditions de L’Échappée. « Le livre-papier permet tout un éventail de pratiques d’échange et de réutilisation qui nous le rendent précieux : il se prête, s’échange, se donne, se revend et peut se conserver longtemps. […] Toutes ces possibilités sont mises à mal par le livre électronique, les dispositifs anticopie, l’obsolescence rapide des terminaux, des logiciels, et même des fichiers numériques. »

Quel sont donc les enjeux de la dématérialisation, au delà des arguments de vente et autres pubs incantatoires et multiformes ? Annihiler les contacts, les rencontres, les découvertes… On imagine un univers à la Farenheit 451, un Meilleur des mondes uniforme, clean, cadré, rangé, gadgeté… Autrement dit aliénant et ennuyeux. « La technologie n’est pas neutre. Elle porte en elle, et contribue à reproduire les logiques dominantes de la société qui la fait naître : accroissement des profits et concentration des pouvoirs. »

Pourquoi alors ne pas s’opposer aux injonctions médiatiques et voir dans le livre un « point d’ancrage, [un] objet d’inscription pour une pensée critique et articulée, hors des réseaux et des flux incessants d’informations et de sollicitations, [et finalement se dire qu’]il est peut-être l’un des derniers lieux de résistance. »



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