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Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
Je vous écris de l’usine
Jean-Pierre Levaray (Libertalia)
Article mis en ligne le 7 juillet 2016
dernière modification le 6 juillet 2016

par C.P.
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Ça fait un bail que je lis Jean-Pierre Levaray et c’est toujours avec autant d’intérêt, d’émotions, de découvertes. Il est rare de rencontrer un style aussi juste, aussi sensible et direct qui décrive le monde du travail, la classe ouvrière — mais oui, elle existe toujours malgré les circonvolutions verbales des experts professionnels qui, depuis leur bulle, nous bassinent avec des théories fumeuses. L’exploitation est le fondement même des sociétés capitalistes, alors classe ouvrière, classe salariale… Les termes changent, mais il s’agit toujours d’une majorité exploitée au profit d’une minorité qui a le pouvoir.

Les différences de classes sont plus fortes que jamais, les différences de salaires aussi, vu le brouillage de pistes déployée par la COM et la Novlangue en charge de faire croire à un soi-disant dialogue social. On avait coutume de dire « trop d’informations tuent l’information », on constate à présent que la sacro-sainte communication et le dialogue social s’illustrent surtout par la réalité de leur absence. Dans cette vacuité médiocre faite de faux-semblants, d’artifices, Je vous écris de l’usine de Jean-Pierre Levaray parle de la vie, sans frime et remet les pendules à l’heure des inégalités. Des chroniques en direct de son lieu de travail, avec de vraies personnes, des saynètes dont les protagonistes vivent un quotidien ordinaire, des personnes qu’on ne regarde pas, qu’on n’écoute pas, qui sont considérées comme des pions dans un univers factice cadré par le fric et les flics.

Je vous écris de l’usine raconte la fatigue, l’aliénation, l’angoisse, le pétage de plombs, l’allégeance, mais aussi la solidarité. « La véritable histoire des ouvriers ne peut être mieux racontée que par les ouvriers eux-mêmes. Pour écrire sur l’usine, il faut la vivre de l’intérieur, la renifler avec ses tripes. » Jean-Pierre Levaray nous fait vivre cet univers avec force, une force condensée que peut-être n’avaient pas, avec la même intensité, les chroniques publiées mensuellement. Fini l’effet feuilleton, on peut tout lire d’un coup, rencontrer tous ces personnages, les croiser, les côtoyer un moment, être à l’intérieur de l’usine, imaginer les nuits, comprendre les risques encourus au nom du profit… Parce que le libéralisme est vécu là, à l’état brut, avec le danger permanent d’une explosion, d’un jet d’acide, d’un incendie, d’un licenciement, d’un plan social…

Je vous écris de l’usine, c’est dix ans de galères… Les accidents de travail, les morts, les menaces, les humiliations, les envies de meurtres parfois ou bien de se foutre en l’air, mais il y a aussi les bagarres, les grèves, les bravades futiles peut-être, mais ça fait du bien quand même de pouvoir se moquer du chefaillon qui se la joue contrôleur modèle histoire de faire de la lèche et justifier sa promo…

Jean-Pierre Levaray décrit avec justesse et brio une putain d’usine et il est « plutôt du genre à mordre la main qui tient [la] chaîne. »



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