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Christiane Passevant
La demande en mariage & L’Ours
Deux pièces de Tchekhov mises en scène par Sophie Parel
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 25 décembre 2012

par C.P.
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La demande en mariage

Un propriétaire terrien hypocondriaque, décide de demander sa voisine en mariage, mais avant même de faire sa demande à la jeune femme, la conversation futile glisse et butte sur qui est propriétaire d’un terrain jouxtant leurs deux propriétés. Le ton monte et se transforme en querelle sourde, puis violente jusqu’à provoquer l’affrontement et le départ du prétendant.

Le père de la jeune fille revient alors sur ces entrefaites, mais trop tard, et apprend à la jeune femme la raison de la visite de leur voisin. Le jeune homme revient, les deux futurs semblent faire amende honorable, mais les chamailleries reprennent cette fois à cause de chiens. Colère, cris, évanouissements, les quiproquos et la mauvaise foi sont poussés jusqu’à leur paroxysme.

Cette première pièce est suivie de

L’Ours

La vie conjugale, mimée par Sophie Parel entre les deux pièces fait figure de transition parfaite et donne à voir la frustration d’une jeune femme dans le mariage.

Second tableau, la jeune veuve éplorée et inconsolable, même si elle reconnaît les défauts de son époux défunt, semble décidée à vivre désormais dans le seul souvenir du mort. Son intendant lui déconseille cette vie vouée à la mémoire disparu, mais elle ne veut absolument rien entendre.

Sur ces entrefaites, un ancien officier d’artillerie en mal d’argent surgit comme une bombe dans la demeure de la jeune veuve décidée à consacrer sa vie au deuil de son mari défunt et lui réclame d’honorer une dette de l’époux disparu. S’ensuit alors un face-à-face mouvementé avec cris, menaces et provocation en duel…

Très beaux textes et magnifique adaptation qui restituent toute la virtuosité de Tchekhov et donne un naturel intemporel à ces deux pièces, jouées ensemble comme une suite logique dans l’espace et le temps. Des comédiens épatants et une mise en scène efficace qui parodie à merveille la vie de couple "arrangée", mimée entre les deux pièces. Une Sophie Parel qui explose littéralement sur scène entourée par deux comédiens qui interprètent avec délectation deux personnages, le père et l’ours pour l’un, le voisin prétendant et le domestique pour l’autre. Une mise en scène efficace et un jeu sur les quiproquos à couper le souffle.

Les deux pièces et le jeu de Sophie Parel, Aliocha Itovitch — le prétendant gaffeur et le domestique zozotant — et Laurent Richard — père de Natacha et ours mal léché — sont jubilatoires. Sophie Parel met en scène les deux pièces, dans une adaptation remarquable du texte de Tchekhov, de manière à en souligner le dynamisme et le potentiel critique. Une comédie humaine et une critique sociale au vitriol où l’on rit sans pour autant gommer la peinture acerbe et sans complaisance faite du couple par l’auteur.

Au dernier Festival d’Avignon, Sophie Parel interprétait une chanteuse de country déjantée dans À toi pour toujours, ta Marie-Lou du canadien Michel Tremblay. Son personnage était volontariste, refusait la fatalité et secouait sa sœur bigote en mâchant son chewing-gum de manière compulsive. Bref, avec elle, ça pulsait. Dans ces deux pièces de Tchekhov, La demande en mariage & L’Ours, dont elle est également la metteuse en scène, elle explose littéralement, entourée de comédiens sur le même diapason qu’elle.

Ne vous fiez pas au début très calme de La demande en mariage.
Sur la scène, un homme est endormi dans un fauteuil. Seul le bruit des insectes est audible entre deux ronflements. Un voisin entre en scène venant du dehors, son attitude est assez cérémoniale et empruntée. Il s’assied sur le bout des fesses, sur un banc, près du dormeur et finit par siffler pour le réveiller.

S’engage alors un échange de politesses convenues. Soudain l’homme éveillé remarque l’élégance de son voisin et s’en étonne. Malaise du voisin qui tente maladroitement d’expliquer sa visite, se prend les pieds dans le tapis d’explications oiseuses, déclenche des doutes chez son interlocuteur qui craint qu’il ne soit venu lui emprunter de l’argent, et finalement crache le morceau : il vient faire sa demande en mariage, officielle, au père. Soulagement du père, embrassades, congratulations et le maître de maison part à la recherche de l’intéressée.

Entrée en scène de la jeune femme qui s’excuse de sa tenue, enlève son tablier, se confond en politesses… Formules cadrées, attitudes embarrassées… Le protocole des politesses s’épuise rapidement. S’installent alors des silences gênants, puis réflexions sur le temps, les prés à faucher… Visiblement le père n’a pas informé sa fille du motif de la visite du voisin. Quelques mots encore, quelques regards furtifs et, au détour de cet échange de banalités, la conversation glisse sur un terrain jouxtant leurs propriétés et dont tous les deux revendiquent d’être les propriétaires. D’anodine, la conversation prend un tout autre ton et s’enflamme. Des propos courtois et embarrassés, on passe aux réparties aigres, puis aux menaces, à la colère et aux hurlements…

Le voisin sort, furieux et près de l’apoplexie, au moment même où revient le père qui se voyait déjà en beau-père du voisin… Révélation alors du but de la visite et effondrement de la jeune femme qui voit une opportunité de mariage s’envoler… On s’aperçoit ainsi de l’importance du mariage pour le statut des femmes. De quoi se poser la question si la société a tant changé aujourd’hui.

Tout paraît finalement s’arranger, mais… N’en disons pas plus…
L’Ours est en quelque sorte la suite de La demande en mariage, avec, sur scène, une Sophie Parel qui mime la vie de femme mariée entre les deux pièces. Un passage intéressant et un lien parfait entre La demande en mariage & L’Ours de Tchekhov.

On rit beaucoup, mais non sans réfléchir au miroir que nous tend l’auteur sur nos comportements. Tchekhov est un génie, son observation de la société et de la nature humaine est renversante. Disputes et affrontements n’ont pas de secrets pour lui. Il connaît les moindres ressorts d’une situation qui dérape et les transcrit avec brio dans les deux pièces.

Toute la virtuosité de Tchekhov est soutenue par une mise en scène efficace et bondissante, quant aux comédiens et à la comédienne, ils et elle semblent en totale osmose avec le texte. Un régal !

P.S. :

Les deux pièces se jouent tous les lundi et mardi, au théâtre de l’Essaïon, jusqu’au 15 janvier…

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