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Jean-Pierre Garnier
La « gauche populaire » ou comment récupérer le vote FN
Article mis en ligne le 4 janvier 2013
dernière modification le 10 décembre 2012

par C.P.
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Point de départ en forme de constat… ou de postulat : la surreprésentation électorale du FN, qui fragilise la gauche, est liée à surreprésentation des couches populaires dans la France périurbaine et rurale en déclin, frappée par la désindustrialisation et le chômage, tandis que le contraste s’accroît avec la partie centrale des métropoles, dynamiques et innovantes,
colonisée par les « élites », classes moyennes supérieures comprises,
qui votent majoritairement pour le PS et les Verts. « La sociologie des grandes métropoles, à l’exception peut être de Marseille, est aujourd’hui
très défavorable au FN », opinait le directeur de l’IPSO Jérôme Fourquet [1], qui avait commandé à cet institut de sondage une enquête sur les votes pour Marine Le Pen à la dernière présidentielle dans 77 villes de plus de 4000 habitants. « La gauche est forte là où le peuple est faible », diagnostiquait l’une des têtes pensantes de l’aile gauche de la deuxième droite, qui se garde bien de s’interroger sur la nature de classe, éminemment néo-petite bourgeoise, de ladite gauche [2].

Cependant, il ne saurait être évidemment question de favoriser un « retour au centre » des gueux ni même d’y enrayer la gentrification, soit le dépeuplement, au sens propre du terme, des anciens quartiers populaires, ce qui reviendrait pour les coalitions politiciennes rosâtres-verdâtres qui tiennent les leviers de commande dans les municipalités à se couper l’herbe électorale sous les pieds. D’où la problématique formulée des stratèges de la « gauche populaire » du PS : comment renforcer la gauche en périphérie, c’est-à-dire récupérer des voix captées par l’extrême droite ou stérilisées par l’abstention ? Réponse : convaincre ses dirigeants et ses militants de se préoccuper à nouveau du sort du peuple « disparu dans le champ de vision des élites » gagnées par la « prolophobie » [3].

Cette thématique avait été mise sur orbite politico-idéologique en 2009 par un politologue et un professeur d’histoire-géographie encartés au PS dans un livre à l’intitulé évocateur, Recherche peuple désespérément [4], à la suite de la parution d’un Atlas des nouvelle fractures sociales en France concocté par un duo de géographes « indépendants », c’est-à-dire ayant préféré monnayer leurs analyes et leurs conseils auprès des élus locaux et de la technocratie aménageuse, plutôt que de faire carrière à l’université [5].

Le Monde remettait le couvert il y a peu avec ce titre en une :
« Comment la crise provoque de nouvelles fractures sociales » [6]. Titre volontairement inepte : la fameuse crise, censée durer depuis le début des années 1970, est une fois de plus invoquée pour masquer le passage à un nouveau mode d’accumulation du capital fondé sur un quadruple processus, transnationalisation-technologisation-financiariastion-flexibilisation, et justifier la politique
d’« austérité » qui accompagne ce processus, rebaptisée « rigueur » par les « socialistes » au pouvoir. Toujours est-il que, à l’occasion de la publication de l’ouvrage d’un économiste-urbaniste et expert auprès des pouvoirs en place annonçant cette fois-ci « une crise politique majeure » provenant de l’intensification de la pseudo-crise économique, le diagnostique déjà cent fois entendu revient : le « sentiment d’abandon » d’une « France péri-urbaine, invisible » précarisée par la désindustrialisation et la restriction des dépenses
publiques risque de faire le jeu de « tous les populismes » [7].

Entendez du Front national. D’où l’alternative qui ne brille pas non plus par l’originalité : « Toute la question de nature politique consistera à décider s’il faut s’accommoder de cette tendance. Faut-il la freiner au nom de l’égalité ou l’encourager au nom de la croissance ? »

Peu importe que l’égalité, inscrite depuis des lustres dans le Préambule des constitutions françaises, n’ait jamais été la tasse de thé des « décideurs », qu’ils soient publics ou privés, et que la croissance ait toujours été socialement et spatialement polarisée au profit des classes favorisées. Ce qui commence à préoccuper les plus lucides des bourgeois, grands ou petits petits, c’est le risque d’une crise politique, c’est-à-dire d’un soulèvement populaire de grande ampleur qui, sans prendre la forme d’une révolution avec à nouveau le socialisme ou le communisme pour horizon, n’en ébranlerait pas moins sérieusement le capitalisme en France dans ses fondations.

Notes :

[1Le Monde, 7 oct. 2012.

[2Christophe Guilluy, Fractures françaises, François Bourin Éditeur, 2010.

[3Idem.

[4Gaël Brustier, Jean-Philippe Heulin, Recherche peuple désespérément, Bourin, 2009.

[5Chistophe Guilluy-Christphe Noyer. Atlas des nouvelle fractures sociales en France, Autrement, 2004.

[6Le Monde, 16 octobre 2012.

[7Laurent Davezies, La crise qui vient : la nouvelle fracture territoriale, La République des idées, PUF,2012.



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