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Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
Corporate de Nicolas Silhol
Article mis en ligne le 22 mai 2017

par C.P.
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Jusqu’à quel point peut-on être « Corporate » ?

Émilie Tesson-Hansen est une jeune responsable des ressources humaines qui en veut et se coule parfaitement dans le moule de la killeuse, qu’elle revendique même dans les week-ends séminaires où l’on teste ses limites et on l’on débat avec le jargon habituel, vide et compétitif. Interprétée par Céline Sallette, la killeuse en question est chargée de réduire les coûts en poussant les salarié.es en fin de carrière à démissionner. Pas d’indemnités de licenciement ou bien le minimum : c’est tout bénéfice pour l’entreprise.

Jusqu’au jour où un salarié, humilié et à bout, se suicide sur le lieu de travail. Un drame où le personnel est secoué, avec une direction qui, dans un premier temps se montre désolée, puis très vite associe le geste désespéré à des "problèmes personnels". Grand classique des DRH qui tentent de se décharger de toute responsabilité. En l’occurrence, et pour faire bonne mesure, la direction va également faire porter le chapeau à la fringuante DRH lorsque L’inspectrice mène son enquête. Émilie se trouve donc confrontée à l’Inspection du Travail en la personne d’une inspectrice qui n’est pas moins volontaire qu’elle à bien faire son boulot.. Prise au piège entre l’inspectrice et sa hiérarchie qui menace de la lâcher, Émilie va devoir choisir entre sa carrière, jusqu’à quel point elle peut-être « corporate » et le doute qui pointe peu à peu sur les méthodes manégériales. Doit-elle dissimuler les preuves comme lui demandent ses responsables ou devenir une lanceuse d’alerte ?

Ce premier long-métrage de Nicolas Silhol s’inspire de sa rencontre avec un DRH dont la mission était de pousser les gens à partir, peu importait la manière de le faire et les pressions pour faire "craquer" la personne. Au casting, hormis Céline Sallette, on retrouve, Lambert Wilson et Violaine Fumeau qui incarne une inspectrice qui ne s’en laisse pas conter. On pense au film de Jean-Pierre Delépine, Article 23 (2012), inspiré des suicides au sein de l’entreprise Orange – France Télécom, l’article 23 de la déclaration des droits humains qui stipule que « Chaque être humain a le droit à un travail ».

Le contexte du chômage a hélas favorisé des pratiques de pression sur les salarié.es. Et si le suicide au travail est une thématique encore trop peu abordée dans l’univers de la fiction et des documentaires, c’est une réalité dans le monde du travail. Le burn-out, dont on parle beaucoup, en étant une marque. Selon des études, le risque de suicide au travail concernerait près de 10 % des femmes et 7 % des hommes.

Avec Corporate, Nicolas Silhol [1] pose une question simple : jusqu’où peut-on aller pour défendre sa carrière ? Jusqu’où peut-on aller sans se soucier de l’autre et de sa propre humanité ?

Notes :

[1Sortie 5 avril 2017.



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