DIVERGENCES 2
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Une salariée
Lettre aux syndicats
Radio France
Article mis en ligne le 17 avril 2015

par C.P.
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Certains, les plus anciens ou ceux qui travaillaient aux programmes à France Culture, se souviennent peut-être de Thérèse. Quand on entrait dans son bureau, nous ne savions jamais trop dans quel état nous allions la trouver. Elle gérait les Nagras mono qu’empruntaient les producteurs, les chargés de réalisation, les collaborateurs, attachés d’émission à France culture pour les modestes interviews. Elle était là, vaillante, rongée par l’alcool, toujours souriante, ne tenant quelques fois pas debout mais elle était là avec nous, nous accueillant dans son bureau d’un bonjour mon lapinou. Nous étions habitué. Michel, pour ceux qui l’ont connu aussi, dans le même bureau que Thérèse, s’occupait lui, de tout le reste, de nos demandes techniques, des duplex, bretelles, demandes de reportage en équipe, de pleins de trucs qui m’échappaient. Il avait un énorme ventre, et sa gentillesse, sa rondeur était à l’image de ce ventre qui prenait toute la place. Le soir je partais quelques fois bien tard, il était là, le matin, j’arrivais il était là encore.

Souvent Thérèse se plantait et souvent Michel, qui croulait sous des tonnes de demandes urgentes, périlleuses, de premières importances pour l’antenne, la chaine, nous, nos vies, rattrapait les ratés et arrangeait tout.

Le gout amer aujourd’hui, c’est quoi ?

On vous a dit ce weekend, si vous levez cette grève, vous aurez le droit, l’honneur, le privilège, de réfléchir à la variable d’ajustement qu’est l’emploi. Ce weekend, vous avez officiellement entériné que Radio France est une boite moderne, qu’on y réfléchit l’emploi comme une variable d’ajustement, une variable comme une autre variable. Voilà donc le goût amer. Nous avons tous perdu notre honneur ce weekend. Non, nous ne sommes pas obligés de réfléchir avec les présupposés établis par le médiateur, le gouvernement ou le pleutre pdg. Non, je ne veux pas de cette nouvelle politique sociale à Radio France, de cette gouvernance-là comme on dit.
Thérèse et Michel ne sont plus parmi nous. Je ne sais pas s’il en reste encore beaucoup ici, s’ils n’ont pas tous été emportés par l’alcool, les réformes, les licenciements pour faute, s ‘ils n’ont pas tous été balayés par le 21e siècle.

Welcome au 21e siècle everybody !

La maison de la radio n’est pas épargnée.
On nous invite à faire le ménage maintenant, alors allons-y tous. Allez–y.
Employons-nous maintenant à chercher dans nos services les Thérèse et les surnuméraires.

Au 20e siècle, on disait le travail donne à Thérèse une utilité sociale et Radio France, l’État a un rôle social.

Aujourd’hui, notre merveilleux gouvernement de gauche entérine la pire des politiques qui mène partout à un surcroit des inégalités, avec l’emploi comme variable d’ajustement. De beaux discours creux et la pire des politiques. Et nos services publics ne sont pas épargnés. Vive le nouveau modèle social, vive la radio de service public !

Nous serons pour la première fois depuis bien longtemps associés aux décisions de la radio. Vous nous dites, aujourd’hui, faites-nous confiance, nous allons pouvoir réfléchir à l’avenir et aux choix stratégiques de notre radio. J’espère que vous avez raison.

Nous portons à Radio France un modèle social, mais nous portons également tous aussi un modèle de radio. Nous avons tous à cœur de faire au mieux, nous avons tous au cœur de belles émissions. Nous fabriquons et nous écoutons.

Je me souviens avoir rencontré des gens qui m’expliquaient qu’ils travaillaient à la télévision et qu’ils n’avaient pas de poste de télé. J’ai un poste de radio dans toutes les pièces de mon appartement. J’ai la radio allumée partout en permanence et sur plusieurs fréquences. La radio miroir ou fenêtre ouverte sur le monde, le rêve, la poésie, la musique. Et il faut des gens et du temps pour fabriquer tous ces beaux programmes, nous sommes des artisans pas des industriels. Nous fabriquons en équipe, nos programmes, notre son, notre valeur ajoutée, c’est l’ensemble et la transmission d’une histoire commune. C’est la somme des questions, des doutes, des recherches, des expériences, des savoir-faire, et l’excellence de tous les collaborateurs ici.

Personnellement je n’arrive pas à séparer notre modèle social de la défense de la qualité et de la diversité des antennes. Je n’y arrive pas.

Maintenant, nous avons tous beaucoup à faire, 380 équivalents temps plein à trouver. Et n’oublions pas, un plan social amène toujours un autre plan social… Ça ne sera jamais assez, maintenant que nous nous sommes assis à la table de la médiation, que nous avons tous plié et accepté que l’emploi devienne ici aussi une variable d’ajustement.



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