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Philomène Le Bastard
Petite chronique cinématographique
Article mis en ligne le 17 avril 2015

par C.P.
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Du cinéma, mais pas n’importe quoi !


Inherent Vice du vrai cinéma et un réalisateur, Paul Thomas Anderson, qui a des choses à dire.

American Sniper aurait, selon la pub, dépassé les 2 millions et demi de spectateurs et de spectatrices en France. Réalisé à partir de l’autobiographie de Chris Kyle, le film raconte les états d’âme d’un tireur d’élite en Irak exerçant ses talents de tueur sur la population civile… L’image du Very Bad Arab a encore de beaux jours dans le cinéma étatsunien qui montre généralement tous les Arabes comme des terroristes potentiels, y compris les gosses bien sûr !

On se souvient notamment de Zero Dark Thirty, réalisé par Kathryn Bigelow, qui vantait longuement et avec beaucoup de complaisance la torture dans les moindres détails, pour narrer avec force moyens techniques la poursuite et la liquidation de Ben Laden. Cette fois, Clint Eastwood met en scène un sniper de légende, texan et patriote, qui revient des massacres avec des états d’âme. Et voilà encore une grosse machine de propagande pour les armes, la guerre, et l’impérialisme états-unien, avec cependant la dimension Shoot and Cry, c’est-à-dire tu tires d’abord et ensuite tu pleures. Donc la morale est sauve et God save America ! à gerber !

Pourtant le printemps du cinéma proposait de nouveaux films passionnants et des reprises superbes, par exemple le Président du réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf, qui n’a pas eu hélas le budget de communication ni le nombre de copies du film précité, et n’a pas eu le temps de bénéficier du bouche à oreilles. Le regard critique Mohsen Makhmalbaf structure tout le film qui se situe dans un pays imaginaire, et l’on pense à bien des tyrans. Le Président est un conte politique et philosophique sur le pouvoir, la tyrannie, sur toutes les formes de tyrannie. Une merveille !

L’année a commencé par le surprenant Snow Therapy de Ruben Östlund qui pose des questions sur la famille, le patriarcat et enfin sur les réactions devant le danger. Autrement dit que reste-t-il des règles déclarées devant une catastrophe naturelle ?
En même temps sortait sur les écrans Sud Eau Nord Déplacer d’Antoine Boutet.
Un documentaire qui décrit le plus gros projet de déplacement d’eau entre le Sud et le Nord de la Chine, qui a de graves conséquences et des répercussions écologiques irréversibles. Antoine Boutet montre ces conséquences et la volonté d’ignorer les populations qui sont touchées. Une démonstration de la fuite en avant de l’État chinois et de sa position de « après nous le déluge ».

Les restaurations de films à voir ou revoir : le Temps de l’innocence de Martin Scorsese (1993) [1]), L’Obsédé de William Wyler (1965) avec un Terence Stamp inquiétant et pervers ; et la rétrospective intégrale de Nagisa Oshima jusqu’au 2 mai à la cinémathèque française. Une occasion d’admirer également en salles le Petit garçon, la Pendaison et la Cérémonie. [2]

Il faut également rappeler les six films de Frank Capra de la prodigieuse époque des années 1930, restaurés, Horizons perdus/Lost Horizons (1937), Mr Smith au Sénat/Mr Smith goes to Washington (1939), L’extravagant Mr Deeds (1936), La grande muraille/The bitter of general Yen (1933), Amour défendu (1932) et New York Miami (1934).

Depuis le 15 avril, Cousin Jules de Dominique Benicheti qui a filmé un couple de paysans octogénaires en Bourgogne, entre 1968 et 1973. Les jours passent, scandés par le temps et les repas. Jules est forgeron, le film commence dans son atelier et se termine aussi dans l’atelier. Les outils, la lumière, la campagne, les bêtes, la soupe et le café que Jules et Félicie prennent dans l’atelier. Les gestes quotidiens filmés avec justesse et tendresse. Un film touchant, d’une grande beauté et admirablement restauré.

Le 3 juin, sortie de Manos sucias de Josef Wladyka qui a filmé le transit de 100 kilos de cocaïne placés dans une torpille amarrée à un bateau de pêche, depuis le port de Buenaventura. Finis les codes de la mafia colombienne, c’est un film quasi documentaire, sans artifices. La vie dans cette région est totalement conditionnée par la drogue, les confrontations avec les paramilitaires, ou la misère.

Et toujours sur les écrans, le film de Paul Thomas Anderson, Inherent Vice, un parcours chaotique, des histoires qui se superposent, la créativité bondissante d’Anderson, des dialogues éblouissants, ambiance des années 1970, des paumés et des flics hystériques, des comédien-nes à couper le souffle… Du vrai cinéma quoi !

Notes :

[1Adaptation du roman d’Edith Wharton

[2Sort également un coffret de 9 films (1961-1972) du réalisateur de l’Empire des sens chez Carlotta.



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