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Christiane Passevant
Nous ouvriers
3 films documentaires de Claire Feinstein et Gilles Perez
Article mis en ligne le 11 décembre 2016

par C.P.
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Depuis plus de trois décennies, l’antienne comme quoi la classe ouvrière a disparu semble avoir finalement convaincu l’opinion publique, pourtant aujourd’hui un quart des salarié.es sont des ouvrier.es et peu importe que l’on ait remplacé le mot ouvrier par « agent de production » ou opérateur.e. L’effort porté dès les années 1960 sur la dévalorisation des métiers manuels et de la condition ouvrière révèle à coup sûr une volonté politique, celle de briser l’idée de classe sociale.

Nous ouvriers de Claire Feinstein et Gilles Perez dresse le portrait de la classe ouvrière depuis 1945 et remonte à l’origine de la stratégie politique pour la rendre invisible. C’est l’histoire d’une évolution en trois volets — Nos mains ont reconstruit la France (1945-1963), Nos rêves ont façonné la société (1963-1983), Nos cœurs battent encore (1983 à nos jours) — trois films donc qui retracent les étapes importantes de l’histoire sociale en France.

Outre ce récit à travers d’étonnantes archives et de beaux témoignages, il y a également la critique de la Novlangue qui permet de faire avaler l’inacceptable : « on efface le langage et tout juste si tu ne travailles pas comme ingénieur à la chaîne ! » J’oubliais, il n’est plus question de chaîne à présent, mais de « ligne » et si quelqu’un peut expliquer la nuance, welcome dans le monde merveilleux de l’apparence et de la duperie ! Se succèdent à présent les expressions « modernes » qui ne correspondent évidemment ni aux fiches de poste des salarié.es, ni aux techniques patronales de « management » comme on dit : « technicien de surface » pour le nettoyage, « plan de sauvegarde de l’emploi » pour un plan de licenciements… C’est important les mots pour faire accepter le diktat des multinationales, les privatisations, les délocalisations et autres effets pervers d’une casse sociale programmée.

Avec Nous ouvriers, Claire Feinstein et Gilles Perez réalisent une trilogie passionnante qui revient sur les grandes grèves, notamment celles de 1947-48 qui ont certainement marqué un tournant dans la stratégie patronale d’en rabattre à cette classe ouvrière qui était trop combative. D’où cet effort de déni en parlant de la fameuse « classe moyenne » qui avait si bien marché pour la classe ouvrière d’outre Atlantique. Mais il est également question dans cette série de solidarité, de mains qui parlent, de fabriquer de la belle ouvrage, de LIP, de l’expérience de coopératives, de luttes, de littérature et de poésie ouvrière avec Jean-Pierre Levaray et Bernard Lavilliers — « la nuit, le haut fourneau mijotait ses dollars… » — et ce dernier d’ajouter : « c’est un joli nom ouvrier… œuvre/ouvrier ».

Dans les années 1980, la classe ouvrière est donc mise à la poubelle, dévalorisée… Le secteur industriel se déplace pour des coûts de production plus bas. La logique du profit bat son plein avec la financiarisation, la casse industrielle s’amplifie, des villes qui s’effondrent, des drames humains partout et des régions entières paupérisées : c’est un dépôt de bilan au plan national. « Ils nous prennent pour de la merde », commente un intervenant. La quête de dignité et de reconnaissance est importante au sein de la classe ouvrière comme ailleurs et l’ignorer est une « immense faute politique ». Aujourd’hui, les « invisibles » sont 7 millions, 7 millions de salarié.es qui, par le jeu du langage, ignorent leur statut d’ouvrière et d’ouvrier.

P.S. :

Nous ouvriers de Claire Feinstein et Gilles Perez est disponible en DVD.

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