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Christiane Passevant
Frank Merriwell à la Maison blanche
Ward Moore ((Le passager clandestin)
Article mis en ligne le 17 avril 2015
dernière modification le 9 mars 2015

par C.P.
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La nouvelle de Ward Moore, Frank Merriwell à la Maison blanche, est publiée en 1973. Elle fait allusion à des faits intervenus en 1968.

Le Youth International Party, qui se réclamait des mouvements contre la guerre au Vietnam, de la contre-culture et du Free Speech Movement — mouvement pour la liberté de parole —, avait élu un candidat pour se présenter à la présidence… Un porc pour lequel le mouvement réclama la protection des services secrets et l’accès aux dossiers politiques. Inutile de dire que l’humour et la dérision vis-à-vis du système politique ne furent guère appréciés par les institutions et les auteurs de démonstration furent arrêtés pour trouble à l’ordre public.

Quant au nom de Frank Merriwell, il est emprunté à un héros états-unien de fiction, affublé de toutes les qualités conventionnelles. Un Superman dans le rang, défendant la veuve et l’orphelin, autant dire the clean cut Young man !

En s’emparant de la farce et du personnage de super héros droit dans ses bottes, Ward Moore va pousser encore plus loin le caractère dérisoire du jeu politique aux États-Unis. Il montre les magouilles, les mensonges, les coups bas, les masques et les enjeux réels de la course au pouvoir. Et il imagine — comble de la caricature — un candidat conseiller manipulable et programmé… Un robot ! Cela dit, n’avez-vous pas déjà eu l’impression, à l’écoute des discours creux des politicien-nes, que l’on pourrait stopper leur logorrhée en appuyant sur un bouton caché dans le dos des personnages. Bref l’impression d’avoir affaire à des marionnettes n’est pas nouvelles.
Mais il s’agit, dans la nouvelle de Moore, d’un robot efficace sophistiqué, « un démagogue, juste bon à recueillir des voix, l’instrument d’un tripatouilleur électoral sans scrupules, le soutien d’une démocratie décadente. » Tout est en place pour mener à bien la comédie du pouvoir.

Une question centrale se pose : le robot, baptisé avantageusement Frank Merriwell, sera-t-il à la hauteur des attentes des électeurs et des électrices ? Sans doute, parce que, comme l’écrit l’auteur, « les gens se demandaient pour la première fois ce que le progrès leur avait amené. Les ventes à crédit ? L’obsolescence programmée ? Les aliments dévitalisés, les ampoules qui grillaient aussitôt posées ? Les automobiles toujours en panne qui transportaient les gens à cent cinquante à l’heure vers de nouveaux panneaux publicitaires, vers de nouveaux stands de hot-dogs ? Des lotissements dans lesquels les constructions étaient de si mauvaise qualité qu’elles devenaient des taudis avant même que les propriétaires aient fini de payer leur appartement ? La bombe H ? Le napalm ? La famine dans le Mississippi et le Nouveau-Mexique ? Les Nations Unies ? La police, la censure […] ? Les villes frappées de gigantisme ? La mode ? »

Des questions d’actualité non ? Les mêmes énumérations ont cours aujourd’hui dans le discours populiste d’une candidate qui joue à dire ce qu’un certain public déçu veut bien entendre… comme on joue au dés, avec un masque bien fixé. C’est un cela Frank Merriwell à la Maison blanche de Ward Moore, mettre à la tête d’un pays une machine politique, sans principes, sans programme réel… La seule différence, c’est qu’en l’occurrence, c’est un non-humain. Mais est-ce important pour le système ?

La collection dyschroniques du passager clandestin poursuit sa quête de nouvelles de la grande époque de la science-fiction et de l’anticipation et nous fait découvrir des pépites de cette littérature qui porte certainement à la réflexion.



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