DIVERGENCES 2
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Appel à l’abrogation de la Loi privant de leur droit d’expression les prisonniers de Pennsylvanie
Appel traduit par le Collectif français « Libérons Mumia »
Article mis en ligne le 11 novembre 2014

par C.P.
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Cette loi nommée « Revictimization Relief Act » donne un pouvoir discrétionnaire quasiment illimité aux Procureurs de district et au Procureur général de priver les prisonniers du droit à la parole, au prétexte que toute expression de leur part provoque « l’angoisse » des familles des victimes. Cette loi vise à la fois les prisonniers et les soutiens qui les parrainent.

Ainsi, sous couvert de protéger les victimes, les politiciens s’octroient un pouvoir qui sera difficile, voire impossible, à contrôler pour les citoyens.

En cherchant à faire taire les prisonniers, la loi établit un précédent qui met en cause le Premier Amendement de la Constitution des Etats-Unis. Avec cette violation de la liberté de parole, l’État de Pennsylvanie prive en effet les citoyens de leur droit de savoir et de comprendre ce qui se passe dans les prisons. Les tribunaux ont toujours défendu le droit constitutionnel des prisonniers à s’exprimer contre les tentatives des gouvernements des États et de l’administration pénitentiaire de le remettre en question pour des raisons politiques prétendument sécuritaires.

La protection des victimes, objectif louable en soi, suppose un processus judiciaire équitable et un verdict juste pour toutes les parties concernées. Elle n’est pas assurée en niant les droits fondamentaux de ceux reconnus coupables parce que la liberté de parole des prisonniers est aussi une garantie contre les condamnations injustifiées et les peines sévères souvent disproportionnées en regard des crimes allégués.

La société étatsunienne est actuellement engagée dans un débat de grande envergure sur les problèmes de l’incarcération de masse. Ce débat n’aurait jamais pris cette dimension publique sans le témoignage et la réflexion des prisonniers eux-mêmes, par la dénonciation des violations systémiques de leurs droits devant les tribunaux et les conditions déshumanisantes de la vie carcérale.

Cette loi est revendiquée par l’Ordre fraternel de la police et ses alliés politiques parce qu’ils n’ont pas réussi à faire interdire le discours de Mumia Abu-Jamal lors de la remise des diplômes aux étudiants du Goddard College dans le Vermont. Faute de pouvoir faire taire Mumia Abu-Jamal, cette Loi sacrifie les droits de tous les prisonniers.

Il s’agit d’un acte législatif contraire à l’éthique de la punition collective, principe à partir duquel la démocratie américaine a été érigée. Pour comprendre la société et ses problèmes, l’État ne peut être autorisé à faire taire les voix dissidentes ou impopulaires. Au lieu de défendre ce droit constitutionnel, les politiciens de Pennsylvanie semblent beaucoup plus intéressés à promouvoir leurs propres intérêts par la pratique de la vengeance politique.

Comme le sénateur Daylin Leach l’a déclaré lors de son vote contre le projet de loi « c’est la plus extrême violation du Premier Amendement de la Constitution car cette Loi empêche tout prisonnier de s’exprimer sur toute question par crainte d’une poursuite civile de représailles ».

Cette loi viole la confiance du public. C’est une attaque contre la liberté, alors qu’elle devrait être protégée par le législateur et par celles et ceux qui ont la charge de la faire respecter, même si les discours qu’ils entendent ne leur conviennent pas.

Nous, soussignés, protestons contre l’abus de pouvoir de l’État de Pennsylvanie et son piétinement des droits humains fondamentaux : le droit pour les étudiants et les enseignants d’entendre Mumia Abu-Jamal, le droit des journalistes d’accéder à la parole des prisons. Plus généralement, nous nous opposons à toute restriction de la libre circulation de l’information dans la société.

Avec un nombre croissant d’exécutions sommaires par la police à travers le pays et l’adoption de Lois contrevenant aux droits constitutionnels, nous appelons les citoyen-nes à s’organiser collectivement et à agir pour s’opposer aux dérives de plus en plus inquiétantes de la politique de l’État de Pennsylvanie.



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